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La présence mariste a toujours été très forte dans les Monts du lyonnais avec de nombreux établissements d’enseignement séculaires comme celui de Chazelles-sur-Lyon (Raoul Follereau) ou de Saint-Symphorien-sur-Coise (Champagnat) dirigés à l’origine par des frères maristes dont l’ordre a été créé par le Père Marcellin Champagnat mais aussi des établissements comme celui de la Neylière acquis par les pères maristes, une autre fraction de la Société de Marie créée par le Père Jean-Claude Colin un peu plus tôt sous l’ombre et le regard bienveillant de la statue de Notre Dame de Fourvière à Lyon. D’ailleurs Chazelles peut s’enorgueillir d’une petite réplique (non dorée!) de cette vierge installée à l’entrée de la ville sur la route de Saint-Galmier lors d’une mission en 1909. On peut aussi évoquer Notre-Dame de l’Hermitage au pied du Pilat, au dessus de Saint-Chamond avec dans cette ville la présence dès 1850 d’un collège mariste géré par des pères : «l’Institution Sainte-Marie» ou encore Notre-Dame de Valbenoite à Saint-Etienne en 1827 avec un enseignement alors dispensé par les frères maristes. La liste n’est bien sûr pas exhaustive.

Avec ces nombreux établissements d’enseignement, se sont développées de nombreuses vocations qui sont venues grossir les rangs de la Société de Marie (congrégation cléricale crée en 1822, regroupant progressivement pères, frères et sœurs comme signalé plus haut) au cours du 19° et du début du 20° siècle. C’est elle qui sera retenue au 19° siècle par le Pape Grégoire XVI pour partir évangéliser dans le Pacifique au nom de l’Eglise Catholique. Il fallait concurrencer l’expansion, notamment religieuse anglicane et protestante, anglaise et hollandaise, commencée bien plus tôt avec leurs missionnaires.

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Louis Catherin Servant Photo Philippe Schneider ( Maristes/La Neylière)

Les frères maristes ont aussi été très influants dès le milieu du 19° siècle dans le “Nouveau Monde” et notamment au Canada “français” où ils ont créé de très nombreuses écoles. Un chazellois a fait partie de ces pionniers sur l’Amérique du Nord.

Nous avons recensé quelques-uns de ces “missionnaires” venu des Monts du Lyonnais et de sa bordure. Là encore, la liste ne demande qu’à être complétée avec votre aide. C’est en effet une grande page du patrimoine de notre région qui a toujours été très religieuse (dont certains endroits ont été comparés à une Petite Vendée), profondément mariale (la commémoration du 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, en est une preuve), qui mérite d’être exposée.

Louis Catherin Servant

Il nait en 1808 à Grezieu-le-Marché. Il suit des études au grand séminaire Saint-Irénée de Lyon et est ordonné prêtre en décembre 1832. Il va à Notre-Dame de Valbenoîte puis Notre-Dame de l’Hermitage où il retrouve Marcellin Champagnat et Jean-Baptiste Pompallier. Il part avec ce dernier et notamment Pierre Chanel (ce dernier sera débarqué en route sur l’île de Futuna) en Nouvelle-Zélande pour évangéliser les Maoris.

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Pierre Marie Bataillon Photo Forez-Info.

Après le martyr de Pierre Chanel par les Wallysiens en 1841, il s’installera à son tour sur l’île de Futuna pendant 13 ans jusqu’à sa mort en 1860. Ce petit territoire deviendra entièrement catholique. Il ne reviendra jamais en France.

Pierre Marie Bataillon

Il nait en 1810 à Saint-Cyr-les-Vignes aux confins des Monts du Lyonnais, au pied de la plaine du Forez. Ordonné prêtre en 1834, il entre dans la Société de Marie en 1836 et est alors envoyé en Océanie en compagnie du précédent, de Pierre Chanel et Jean-Baptiste Pompallier. Il s’arrête sur l’île de Wallis en 1837. Il va convertir les principaux chefs de l’île et, en 1840, tout Wallis devient catholique tandis que le Père Chanel est massacré à Futuna.

En 1843, il devient évêque du vicariat d’Océanie centrale et se lance dans la conversion des iles avoisinantes dont Fidji, Tonga et Samoa. Il meurt sur l’île en 1877. Il sera revenu une fois en France pour chercher des fonds et d’autres missionnaires.

16Alexandre Poncet

Cet autre Ligérien a été vicaire apostolique de Wallis et Futuna. Il est né à Saint-Chamond le 12 décembre 1884. Il a fait ses études à l’Institut Sainte-Marie de Saint-Chamond. Après la prêtrise, il fait un séjour en Angleterre puis arrive à Wallis en 1925 en qualité de prêtre de Matautu. Il est nommé évêque de Batinopolis et vicaire apostolique de Wallis et Futuna dix ans plus tard. Il installe le siège épiscopale à Lano et organisa le centenaire de l’arrivée des missions maristes en Océanie en 1837 avec Pompallier, Servant, Chanel et Bataillon notamment Il démissionne en 1962 et meurt sur l’île en 1973.

Claude Besselles

Claude Besselles nait à Valbenoite (Saint-Etienne) en 1814 et devient Frère Bertrand en 1843 après être rentré à L’Hermitage. Il part pour l’Océanie depuis l’Angleterre en 1845 avec 12 autres “maristes” dont Monseigneur Jean-Baptiste Epalle (né à Marlhes) et arrive à Sidney la même année puis s’embarque à l’automne pour la Nouvelle-Calédonie. Le bateau le laisse à Ballade pour prêter main forte (il est aussi charpentier!) à Mgr Douarre, autre mariste évêque d’Amata, pour la construction d’une cathédrale. Les autres maristes repartent très vite vers les îles Salomon où Mgr Epalle mourra en martyr cette même année 1845. Frère Bertrand affronte l’insurrection des kanaks en 1847 qui coûtera la vie à Frère Blaise Marmoiton autre saint-martyr mariste. La mission sera sauvée par la marine nationale qui la ramène à Sidney. En 1849, Frère Bertrand, après un séjour aux Nouvelles-Hébrides, embarque avec Mgr Douarre pour l’île des Pins puis Grande-Terre, mais chassés, ils doivent à nouveau retourner en Australie. En 1851, Frère Bertrand, avec une dizaine de maristes dont Mgr Douarre, revient sur ” Le Rocher” (la Nouvelle Calédonie est ainsi appelée à l’époque!) à Ballade. Il y meurt bien plus tard à Lifou en 1890.

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Photo (collection familiale)

Stéphane Berne

Stéphane Berne nait en 1856 à Chazelles-sur Lyon. Il fait ses études au petit Séminaire de l’Argentière entre 1870 et 1874. Il fait sa profession religieuse en 1877 puis le scolasticat de Belley et de Givisiez en Suisse entre 1878 et 1882. Il est ordonné prêtre le 16 juillet 1882 à Fribourg. Il est nommé professeur à Saint-Chamond puis part en Nouvelle-Calédonie en 1883. Il arrive en 1884 à Nouméa où il est nommé vicaire. En 1885, il devient secrétaire de Monseigneur Alphonse Hilarion Fraysse puis en 1886 curé suppléant de Nouméa et de 1888 à 1889 curé de Bourail. En 1889 il est chargé de créer l’Asile Saint Léonard vers la rivière Tiwaka, vaste établissement destiné à recevoir les libérés du bagne (qui a été installé sur l’île par Napoléon III dès 1864) et les prêtres bagnards délinquants pour leur offrir toit et nourriture contre travail et preuves de resocialisation. Fils d’agriculteur, il sait la valeur de la terre et ce qu’elle apporte. Il développe sur les terrains de l’établissement qu’il agrandit progressivement, la culture de caféiers résistants aux maladies et d’une variété de taro d’eau résistante aux cyclones (qui prend le nom du lieu : le tiwaka), source essentielle de nourriture pour l’île (contenant un amidon bien assimilé). Il installe depuis Saint-Genis-Laval (la congrégation des Frères Maristes avait acheté le domaine du Montet en 1853 pour y installer sa maison mère. On y fabriquait l’Arquebuse de L’Hermitage, préparation à base d’herbes du Pilat créée par le frère Emmanuel en 1857) un circuit de vente du café sur la métropole qui lui apporte de nouvelles ressources financières qu’il sera d’ailleurs venu réclamer lors d’un retour en France en 1889. Elle seront aussi complétées par l’Etat un peu plus tard en raison du caractère hautement utile de l’établissement. Il aménage aussi des étables pour recevoir un bétail qu’il va faire multiplier (il y aura jusqu’à 500 têtes). Il sera décoré du Mérite agricole pour toutes ces activités. En 1920, il devient Aumônier des Petites Sœurs des Pauvres, ordre introduit en Nouvelle-Calédonie par Mgr Fraysse. En 1923, fatigué, il se retire à Saint-Louis. Il y meurt le 16 juin 1923 où il est enterré.[1]

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La chapelle de l’Oeuvre Saint-Léonatd: le RP Berne est au centre, debout avec sa grande barbe et sa soutane noire.

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Photo (collection familiale)

Marie Catherine Berne

C’est la sœur du précédent. Elle nait à Chazelles-sur-Lyon en 1866. Elle fait son noviciat à Saint-Brieuc et et le termine par une prononciation de voeux à Sainte Foy-les-Lyon en 1888 où elle prend le nom de Soeur Marie Elisabeth, patromyne de sa mère: Elisabeth Viricel (son père comme celui de Stéphane Berne était Antoine Berne, cultivateur. Elle est ainsi entrée chez les soeurs du Tiers Ordre Régulier de Marie [TORM] (devenues les Sœurs Missionnaires de la Société de Marie [SMSM] en 1931) et part en juin de cette même année pour les îles Fidji sur « Le Calédonien » depuis Marseille avec Mgr Vidal, nommé 1° vicaire apostolique des îles Fidji. Elle fait escale en Australie puis passe par la Nouvelle-Calédonie pour rencontrer son frère (elle y reste trois semaines) [2] et arrive à Suva puis Levuka où elle travaille avec les premières tertiaires australiennes. Elle y crée une école et travaille à l’hôpital local. Elle est ensuite affectée à Culanuka, une autre mission qui sera transportée ensuite à Lomeri. Elle prononce ses voeux perpétuels à la mission de Loreto en 1899. Son frère viendra la rejoindre quelques jours depuis la Nouvelle-Calédonie. Elle part sur l’île de Rotuma puis revient comme supérieure à la mission de Lomeri pendant 20 ans (entre 1914 et 1934) où elle enseigne et visite les villages.

case à Lomary

Une case à Lomery (photo collection familiale)

Elle passe ensuite 2 ans comme supérieure à la léproserie de Magokaï, l’île aux lépreux, jusqu’en 1936. 

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Makogaï. CP collection familiale.

Elle se retire à la mission de Loreto jusqu’à sa mort en avril 1943. Elle ne reviendra jamais en France et aura séjourné 55 ans aux îles Fidji !

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Loreto. CP collection familiale.

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Claude Henri Berne Photo collection familiale

Claude-Henri Berne

C’est le frère des deux précédents religieux. Il nait à Chazelles-sur-Lyon en 1859, trois ans après son frère Stéphane.

Il entre chez les frères maristes au noviciat de Notre-Dame de l’ Hermitage et prend le nom de frère Angelicus. Pendant dix-huit ans, il a été affecté comme enseignant dans différentes écoles: Renaison (1874-1875) Valbenoite (1875-1888), Saint-Pierre de Boeuf (1888-1892) puis il se rend en 1892 à Dumfries, en Ecosse, pour améliorer son anglais et est alors envoyé cette même année aux États-Unis pour créer une communauté mariste à Lawrence près de New-York dans le Massachusetts. L’école franco-américaine Sainte-Anne y est ouverte. Huit ans plus tard en 1900, il prend la direction de l’école Saint Athanase à Iberville, au Canada. En 1903, il est nommé au Conseil Provincial pour deux ans puis en 1905 il devient le Provincial du Canada et des États-Unis. Il va poursuivre les objectifs de son prédécesseur avec notamment l’augmentation du nombres de frères enseignants et l’expansion de la Province Nord-Américaine.

A la mort du très révérend frère Théophane, supérieur général, en 1907, un 11° chapitre général est convoqué à Grugliasco, en Italie, pour élire le successeur. Frère Angelicus, provincial Nord-Américain est convoqué. C’est le révérend frère Stratonique, assistant général, supérieur immédiat de frère Angelicus, qui est élu et pour le remplacer c’est frère Angelicus qui est nommé. Il conservera ce poste d’assistant général jusqu’à sa mort en 1928 à Grugliasco où il est enterré.

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collection Frères Maristes

Frère Angélicus Provincial Amérique du Nord (1905-1907) (1° rang centre)

vers 1924

extrait de photo collction Frères Maristes

Frère Angélicus vers 1924 au centre

A vous désormais de nous donner les noms et les histoires de quelques autres religieux de la Société de Marie ou d’autres congrégations qui, à la même époque ou plus récemment, ont passé leur vie à soigner ou enseigner loin de notre beau pays. Croyez-moi, il y en a beaucoup et le challenge ne sera pas difficile à relever pour le lecteur qui connait un peu notre petite région.

A vos marques…, prêts?……..> phiaac42140@gmail.com

[1] On pourra trouver une biographie plus complète dans un autre article du site

[2] On pourra trouver le récit du voyage de cette petite chazelloise il y a près d’un siècle et demi

dans cette autre page du site