Ces textes sont extraits de l’ouvrage « Les mots du Moyen Âge » paru aux éditions Cabarès.
Textes de Fabienne Calvayrac.

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« Être au four et au moulin »

Au Moyen Âge, cette expression nous ramène au principe de la féodalité.
Les moulins et les fours étaient soumis au droit de banalité imposé par le suzerain.
Tous les habitants de la seigneurerie étaient obligés d’utiliser ces installations dites banales.
Ils allaient donc successivement au moulin pour moudre leur blé et au four pour cuire leur pain.

Aujourd’hui, on ne peut pas être au four et au moulin signifie que l’on ne peut pas faire deux choses en même temps ou être à deux endroits en même temps.

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« Conter fleurette »

Au XIIIème siècle, fleureter signifiait conter fleurette, c’est-à-dire flatter.
Ce terme a ensuite été adopté par la langue anglaise et est revenu en France sous la forme de «flirt ».
Aujourd’hui, l’expression conter fleurette est encore utilisée pour évoquer les premiers moments d’une relation amoureuse.

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« La croix et la bannière »

Cette locution, qui vient d’Italie, date du XVème siècle.

Elle fait référence aux deux grands symboles des processions religieuses, nombreuses au Moyen Âge : la croix du Christ portée en tête de cortège et les bannières brandies par les fidèles (étendards à caractère religieux représentant des confréries).

Ces cérémonies sont codifiées de manière complexe et nécessitent une organisation minutieuse d’où le sens de cette expression d’abord connue sous la forme « il faut la croix et la bannière ».

Aujourd’hui, l’expression reste synonyme de « complication ».

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« A la queue leu leu »

Au Moyen Âge, le terme leu vient du latin lupus qui signifie loup.

L’expression à la queue leu leu fait référence à l’une des grandes frayeurs du Moyen Âge : la peur du loup. Terribles lorsqu’ils semaient la terreur dans les campagnes.

Ils formaient une meute et se déplaçaient en file indienne, en suivant leur chef : à la queue du loup ; le loup devient par la suite à la queue leu leu.

Aujourd’hui, toujours utilisée, cette expression signifie les uns derrière les autres.

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« Taillable et corvéable à merci »

Au Moyen Âge, le roi et les seigneurs faisaient payer un impôt direct, la taille, à tous ceux qui étaient sous leur protection. Ceux qui s’acquittaient de cette taxe étaient dits taillables.

Les corvées étaient d’autres impôts qui consistaient en travaux obligatoires et non rémunérées que l’on devait réaliser régulièrement : renter du bois ou du fourrage, faucher les foins, nettoyer les fossés ou encore entretenir les chemins… Les serfs qui étaient taillables devaient en plus s’acquitter des corvées. Ils étaient donc taillables et corvéables.

A merci signifie qu’ils étaient à la merci du seigneur, c’est-à-dire soumis à son bon vouloir.

Aujourd’hui, taillable et corvéable à merci s’utilise encore pour parler de quelqu’un que l’on exploite à volonté.

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« Passer à la trappe »

Trappe, du francique trappa est employé dès la fin du XIIème siècle pour désigner un piège, un trou camouflé par des branchages. D’abord utilisé dans le langage de la chasse, le sens s’étend dès le XIIIème siècle pour qualifier aussi une ouverture fermée d’un panneau de bois. Le mot trappe a donné trappeur encore utilisé en Amérique du Nord.

Aujourd’hui, passer à la trappe signifie faire disparaitre quelque chose, le passer sous silence.

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« Dresser la table »

La table était à l’origine une planche de bois. A l’heure du repas, on dressait la table au sens propre du terme, c’est-à-dire que l’on posait les planches sur des tréteaux de bois.

A la fin du repas, tout était rapidement rangé, libérant ainsi la pièce pour les festivités qui suivaient.

Cette locution est parvenue jusqu’à nous mais son sens a changé.

Aujourd’hui, elle signifie disposer le couvert sur la table à l’heure du repas.

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« Payer en espèces »

Au Moyen Âge, le mot latin species désigne les espèces produites par la terre.

Au cours du XIIème siècle, ce mot a dérivé en espices.  

Il était alors utilisé pour les plantes ramenées du Moyen-Orient. Les épices, denrées précieuses, étaient utilisées comme médicaments. Elles coûtaient très cher car elles venaient par bateaux de pays lointains.

Le prix d’une poignée de poivre était égal à celui d’un bœuf et d’un demi-mouton, une livre de safran valait un cheval et deux livres de macis valaient le prix d’une vache.

On se servait souvent des épices comme monnaie d’échange.

Il arrivait aussi que l’on paie en épices les impôts, les frais d’avocat, et même les juges.

Aujourd’hui, l’expression payer en espèces signifie que l’on paie avec de la monnaie.

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« Tenir le haut du pavé »

Au Moyen Âge, dans les villes, les rues étaient des endroits insalubres dans lesquels on jetait les détritus. Elles étaient en pente avec un caniveau central qui permettaient l’écoulement des égouts et des eaux de pluie. Pour éviter ces rigoles nauséabondes et les déchets jetés depuis les fenêtres, le piéton préférait marcher le plus près possible des habitations, sur le haut du pavé, où il était protégé par les avancées des étages supérieurs.

Quand on croisait un homme plus riche, il fallait s’écarter, lui laisser le haut du pavé

Aujourd’hui, tenir le haut du pavé signifie que l’on bénéficie d’un statut privilégié dans la société.

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« Être au bout du rouleau »

Au Moyen Âge, le mot latin rotulus désigne le document manuscrit roulé sur lui-même ou sur un bâton. Il a été transformé en rôlet, rollet et roliel qui ont donné les mots rouleau et rôle.

Au théâtre, les textes des acteurs étaient écrits sur des rouleaux, et arriver au bout du rouleau signifiait arriver à la fin de la lecture, c’est-à-dire à la fin du manuscrit.

Aujourd’hui, l’expression être au bout du rouleau telle que nous la connaissons date de la fin du XVIIIème siècle. On l’utilise souvent pour dire que l’on est fatigué, épuisé ou encore à court d’idées, à bout de ressources….

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« Faire la nique »

Issu de l’ancien français, le terme nique ou niquet apparaît au XIVème siècle.

On l’utilise au Moyen Âge dans l’expression faire le niquet qui signifie faire un signe de mépris de la tête.

Aujourd’hui, cette locution est toujours utilisée sous la forme faire la nique à quelqu’un.

Elle a toujours la même connotation de moquerie, avec une pointe d’arrogance, voire de mépris.

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« Mettre sa main au feu »

Cette expression fait référence à une pratique judiciaire médiévale, l’ordalie appelée aussi jugement de Dieu. Il existait différentes formes d’ordalie qui consistaient à faire passer une épreuve à l’accusé qui devait s’en sortir indemne s’il était innocent.

Pour ordalie du feu, l’accusé devait tenir une barre de fer rougie au feu ou plonger sa main dans de l’eau bouillante. Si ses plaies cicatrisaient vite, il était alors innocenté.

Dans le cas contraire, il était déclaré coupable.

Aujourd’hui, cette expression signifie que l’on est sûr de ce que l’on avance…

Sûr au point de mettre sa main au feu.

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Cette liste d’expressions n’est pas exhaustive !