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Jean Chavagneux nous raconte le Jeudi-Saint tel qu’il se déroulait il y a quelques décennies. C’était alors le jour de la bénédiction de tous les enfants à l’église. C’était le jour où l’on passait brutalement de l’hiver à l’été, le moment où l’on rangeait, après avoir été lavés ou dégraissés au trichloréthylène, les vêtements d’hiver dans les grandes malles en bois au milieu des boules de naphtaline afin qu’ils soient protégés de l’attaque  des mites. Ils seraient tout prêts pour être repris dès les premières neiges de novembre. Finis les chaussettes hautes, les godillots, les pulls de laine tricotés main, les manteaux et les écharpes, les culottes courtes en drap de laine épais. On allait passer aux habits d’été. Mais auparavant il fallait se faire tout beau pour cette journée de bénédiction. On sortait les chaussures vernies, les belles chaussettes, la jolie chemise et le beau short esans oublier le chapeau de cérémonie. Les petits chazellois apprenaient très tôt à se couvrir la tête à la manière des parents. Pas un de tous ceux-ci ne sortait sans son chapeau. C’eut été probablement offenser le ciel que de sortir tête nue. Il ne fallait pas rentrer à l’église sans son chapeau tenu à la main pour les hommes ou sur la tête pour les femmes. 

Au Jeudi-Saint tous les enfants étaient conviés à l’église l’après-midi pour un office suivi de la bénédiction générale. Les mamans qui amenaient les enfants rivalisaient d’effets de toilette dont des chapeaux superbes agrémentés très souvent de voilette. L’église était vite baignée de l’odeur de l’encens qui brulait sur les petits morceaux de charbon de bois dans l’encensoir que tenait un enfant de choeur au coté d’un « Suisse » superbe qui régulait la cérémonie. De nombreux Farlots ont surement encore en mémoires ces journées mémorables qui annonçaient la fin du carême. Mais il fallait encore passer le Vendredi-Saint et le chemin de Croix  pour arriver à la grande fête de Paques.

Tout cela a aujourd’hui disparu et c’est faire devoir de mémoire que de rappeler le déroulement de ces journées de la Semaine Sainte, riches en cérémonies et processions à la manière de ce que l’on voit encore en Espagne, en Italie ou au Portugal notamment.

On découvre aussi avec cette nouvelle une autre tradition riche en enseignement sur le plan social. Si le travail était dur dans les usines de chapeau, il y avait une communauté affective entre tout le personnel et tous les ateliers si forte que l’on était fier et le plus souvent heureux de faire ce métier. Cette bénédiction patronale en est un témoignage frappant. Cette garnisseuse rayonne de joie en amenant son enfant à l’usine.

Comme pour les autres nouvelles de Jean Chavagneux à lire sur un Powerpoint, il faut d’abord le charger en cliquant sur le lien ci-dessous por l’ouvrir et le lire ensuite.

Au nom des plus petits

Bonne lecture.