Histoire des Blanchon-Montfuron

(XVIIIe et XIXe siècles)

(A jour des recherches au 31 janvier 2011)

               Hippolyte Bourne, l’historien de Chazelles-sur-Lyon (Loire), nous apprend [1] que l’appellation “Blanchon-Montfuron(d)”, parfois déformée en “Montfrond”, était couramment utilisée à la fin du XIXe siècle par les habitants du lieu pour désigner les derniers descendants d’une famille qui avait, croyait-il, conservé en son sein, pendant deux générations et jusqu’aux premières années de la Révolution, le poste de fermier du Domaine de Montfuron, appartenant à la Commanderie des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem (ou Ordre de Malte), qui régnait sur la ville depuis des siècles. Des recherches dans les Registres paroissiaux et d’État-Civil, dans le riche Fonds Malte des Archives Départementales du Rhône, ainsi que dans les archives des notaires de la région, nous ont montré que l’on pouvait en fait reconstituer l’histoire de cette famille sur au moins cinq générations, depuis le début du XVIIIe siècle jusqu’au décès du dernier descendant de la branche principale en 1891, et que cela jetait quelque lumière sur l’histoire économique et sociale des Monts du Lyonnais sur une période de plus de180 ans.

               Pour trouver l’origine des Blanchon-Montfuron, il faut partir d’Antoine, né vers 1675-80, laboureur à St Cyr-les-Vignes (Loire) puis à Chazelle sur Lyon sur le domaine de Montfuron, fils de Benoît Blanchon, journalier de St Cyr-les-Vignes (Loire), et de Claudine Pupier. Sauf découverte toujours possible d’actes encore inconnus, on ne peut guère être plus précis ni remonter plus haut avec certitude, car les Registres Paroissiaux de St-Cyr qui nous sont parvenus ne commencent qu’en 1718, plus tard que ceux de la plupart des paroisses environnantes.

                En 1700, Jean Blanchon, frère aîné d’Antoine, journalier de St-Cyr-les-Vignes, arrive le premier à Chazelles-sur-Lyon, pour épouser Louise Juban, fille de Benoît Juban, Maître Chapelier et de Louise Jacquemon. La famille Juban devait être honorablement connue car le parrain de Louise avait été Me Claude Pupier, Capitaine Châtelain de Chazelles, c’est-à-dire fondé de pouvoir du Seigneur Commandeur. De cette union naîtront au moins dix enfants, les premiers à St-Cyr, puis à Maringes (1705), puis surtout à Virigneux (1707-1716), et enfin à Chazelles pour le dernier (posthume, né en 1719). A sa mort Jean Blanchon venait en effet d’obtenir un bail à grangeage pour le domaine de La Tournelle à Chambéon, où il fut enterré le 14 décembre 1718. Sa veuve se réfugia alors à Chazelles auprès de sa famille et, sans doute avec son aide, plaça tous ses garçons dans la chapellerie dès qu’ils eurent l’âge d’être mis en apprentissage, à l’exception de Joseph, né en 1710, qui sera maçon et charpentier. C’est ainsi que cette branche quitta l’agriculture. L’un de ses membres se singularisa même en accédant à une profession libérale : Claude Blanchon, notaire à St-Symphorien-le-Château de 1773 à 1814.[/simple_tooltip], et de Claudine Pupier. Sauf découverte toujours possible d’actes encore inconnus, on ne peut guère être plus précis ni remonter plus haut avec certitude, car les Registres Paroissiaux de St-Cyr qui nous sont parvenus ne commencent qu’en 1718, plus tard que ceux de la plupart des paroisses environnantes.

              En 1702, Jacques Blanchon, autre frère d’Antoine, également journalier, arrive à son tour à Chazelles, où il épouse Marguerite Perret, fille de Claude Perret, dit Buzat, laboureur et meunier. Le couple aura neuf enfants entre 1703 et 1723, tous baptisés à Chazelles. A partir de 1727 Jacques Blanchon obtiendra de Me Pierre Comarmond, Capitaine Châtelain depuis 1703 et gendre de Claude Pupier, son prédécesseur, la ferme du domaine de St-Bonnet-les-Places, membre dépendant de la Commanderie de Chazelles situé sur la paroisse de St-Laurent-de-Chamousset (Rhône), où il se transportera aussitôt avec toute sa famille. Il y décèdera le 18 avril 1751, âgé d’environ 85 ans. Son fils Jean, puis son petit-fils Cyprien lui succéderont comme fermiers du domaine de St-Bonnet jusqu’à la Révolution.

                     Enfin en 1705 au plus tard, c’est le tour d’Antoine, le plus jeune des trois garçons, journalier comme son père et ses frères, de venir s’installer à Chazelles. Le 16 janvier 1705 il y épouse Jeanne Girin, née le 30 mars 1671 à Chazelles, fille de Jean Girin, laboureur à Chevrières, et de Jeanne Noallier, de Chazelles. Jeanne Girin était veuve depuis un peu plus d’un an d’Antoine Grangy Lyodon, fermier du Seigneur Commandeur de Chazelles de 1694 à 1704 pour son domaine de Montfuron : entre 65 et 80 ha, situés pour la plus grande partie à la sortie de la ville au-dessus de la route de Bellegarde et dont les bâtiments, qui subsistent toujours bien que transformés, sont en partie visibles du rond-point entre les deux zones industrielles de Montalègre et de Montfuron[2]. Jeanne Girin était co-titulaire avec son mari du bail de ce domaine, mais une fois veuve elle ne pouvait évidemment continuer à l’exploiter seule : il lui fallait soit se retirer soit se remarier de toute urgence. Sans doute bien renseigné par son frère Jacques, déjà sur place, Antoine Blanchon sut profiter de la situation. Pour un journalier sans terres comme lui c’était en effet une occasion inespérée de s’introduire dans le milieu très fermé de la “fermocratie”[3] locale. Toutefois, pour épouser la veuve d’Antoine Grangy Lyodon il lui fallut faire preuve non seulement d’initiative et d’ambition mais aussi d’une bonne dose de courage car il héritait du même coup de toute une petite famille : la dame avait en effet non seulement un enfant de trois ans, Mathieu Grangy Lyodon, mais devait aussi s’occuper de trois enfants plus âgés, Antoinette (10 ans), François (8 ou 9 ans), et Antoine (7 ans), nés d’un premier mariage de son défunt mari avec Antoinette Pupier Picard. Et de fait, Antoine Blanchon devint cotuteur et curateur de ces quatre enfants. Il fallait enfin ne pas avoir peur d’avaler quelques couleuvres[4].

                     Le 16 avril 1706, la famille s’accroît encore puisque Antoine Blanchon et Jeanne Girin baptisent un fils nommé Benoît, dont le parrain est Benoît Blanchon (probablement son grand-père qui résidait à ce moment-là à Virigneux), et le 31 août suivant le Seigneur Commandeur de Chazelles régularise la situation des parents en leur passant, à tous deux solidairement, devant Me Pierre Comarmond, notaire royal à Chazelles, un bail à ferme en bonne et due forme pour son domaine de Montfuron[5].

                    Trois ans plus tard Jeanne Girin meurt en couches († 08 février 1709).et c’est au tour d’Antoine Blanchon d’être forcé de se remarier rapidement : le 18 février 1710 il épouse Benoîte Chirat, fille de défunt Claude Chirat laboureur de Meys et de Gasparde Gubian (originaire de Grézieu), qui lui donnera dix autres enfants entre 1710 et 1727 dont six atteindront l’âge adulte. Le 14 juillet 1711, le Seigneur Commandeur passe à Antoine Blanchon, solidairement avec sa nouvelle épouse, un nouveau bail à ferme pour Montfuron[6]. Et pour bien montrer qu’à part le nom de l’épouse rien n’est changé, lecture du bail de 1706 est faite à Benoîte Chirat, qui doit le ratifier.

               Grâce à ce poste de fermier du plus grand des deux domaines de la Commanderie, Antoine Blanchon, parti de rien, et après avoir économisé pendant plus de vingt ans, va réussir à acquérir le 29 avril 1727, de Philippe Flachon, marchand papetier à Lyon mais de souche chazelloise[7], une propriété agricole d’un peu plus de 18 ha à Jancenay, entre la Coise et son affluent de la rive droite la Gimond, au sud-ouest de la ville, pour 6500 livres plus 500 livres d’étrennes[8]. Ses héritiers la conserveront jusqu’au dernier, décédé en 1891.

             Antoine Blanchon décéda brusquement dans les derniers jours d’octobre 1727[9]. Comme son entrée en possession du domaine qu’il venait d’acheter était prévue pour le 1er novembre, fête de la Toussaint, cela signifie qu’il n’eut jamais cette satisfaction. D’autre part il n’eut apparemment pas le temps de faire son testament, et donc de désigner un héritier universel, ce qui fut source de nombreux démêlés juridiques entre ses enfants des deux lits pendant les 32 années qui suivirent.

                  Benoît Blanchon (1706-1761), unique enfant survivant du premier mariage d’Antoine Blanchon (avec Jeanne Girin), avait seulement 21 ans à la mort de son père, mais il était le seul héritier à pouvoir diriger l’exploitation du domaine de la Commanderie à Montfuron : et c’est ce qui arriva. Le dernier bail passé à Antoine Blanchon et à Benoîte Chirat, l’avait été le 30 octobre 1726 devant Me Fillion, notaire royal à La-Côte-St-André, en Dauphiné (parce que le fondé de pouvoir du Seigneur Commandeur était à l’époque un Sieur Villion, Marchand de La Côte St- André), et le premier bail au nom de Benoît est en date du 14 octobre 1732, soit presque exactement six ans plus tard. Comme les baux de la Commanderie étaient précisément de six ans, cela indique bien qu’il termina le bail de son père avant d’en avoir un en son nom propre. De plus, un acte du 07 mars 1729, passé par le même Sieur Villion devant Me Blein, notaire royal à Chazelles (AD42 : 5E44_640) résilie bien le bail de 1726 en ce qui concerne Benoîte Chirat et ses enfants, mais précise qu’au contraire Benoît Blanchon n’est pas concerné par cette résiliation : “sans préjudice audit Seigneur pour l’entière exécution de ladite ferme contre l’autre cohéritier”. De son côté, Benoîte Chirat, tutrice légale de ses enfants, administre pour eux les biens familiaux de Jancenay[10].

                    Dès 1729, Benoît Blanchon épouse Jeanne Grangy Thomas, environ 20 ans, fille de Jean Grangy Thomas, propriétaire à La Chèvre, paroisse de Chazelles, tout près de Jancenay.

                    Elle lui donne rapidement trois enfants, dont un seul, Barthélemy Blanchon (1731-1800) survivra, et elle décède en 1732, suite de couches. L’année suivante, 1733, Benoît Blanchon se remarie avec Catherine Goujon (1707-1779), fille d’Etienne Goujon meunier au moulin des Chanoines de St-Chamond à St-Denis-sur-Coise. Ils auront en tout onze enfants entre 1733 et 1751, dont dix vivront et huit auront des descendants, en particulier Mathieu Blanchon (1735-1809), l’ainé des garçons, qui succédera à son père comme fermier de Montfuron (V. ci-dessous) ; Jean Marie Blanchon (1742-1790), Marchand chapelier, dont le fils Jean Baptiste, maire de Chazelles sous la Restauration (1815-1830), laissera un mémoire manuscrit[11] largement utilisé par Hippolyte Bourne pour brosser l’histoire de la ville, de la Révolution à environ 1858 ; Benoît Blanchon (1744-1832), Maître chapelier, puis Marchand chapelier, qui sera le père d’Antoine Blanchon, curé de Messimy (Rhône) ; Etienne Blanchon (1747-1797), ancêtre de l’auteur de la présente notice, qui sera, à partir de 1783, cultivateur au Guillot-Gros, lieu-dit de Ternan, paroisse de Virigneux puis commune de Maringes ; Jean Baptiste Blanchon (1749-1828), agriculteur à La Barbarie, paroisse de St-Cyr-les-Vignes puis commune de Bellegarde ; et enfin Antoine Blanchon (1751-1830), Marchand chapelier à Chazelles, Directeur de la Poste aux Lettres et Premier substitut de la Justice de Paix du Canton de Chazelles, ancêtre de la branche connue autrefois à Chazelles sous l’appellation de “Blanchon de la Poste”.

                       Sans être richissime, Benoît Blanchon devait bien gagner sa vie. Outre les dîmes du Domaine de Montfuron et celles du Domaine Margat contigu (La Margassière), dont la perception lui revenait en tant que fermier du Seigneur Commandeur, il affermait parfois d’autres dîmes de la Commanderie, telle que celle dite “de Champagneul” qui se percevait à Haute Rivoire (Rhône)[12], et ce genre d’opération pouvait être très lucratif. Grâce à cette position il réussit, à une date encore inconnue légèrement postérieure à 1740, à acheter un petit domaine d’environ 7 ha 33, dit domaine Gabillon, ou du Moulin Gabillon, tout en rachetant progressivement les droits de ses demi-frères et sœurs sur les biens acquis par Antoine Blanchon son père à Jancenay. Il fit aussi donner à ses fils une instruction au moins élémentaire, car à la différence de leurs cousins de St-Bonnet-les-Places, qui ne savaient pas signer, tous savent lire et écrire. Enfin il s’arrangea pour marier les aînées de ses filles à deux laboureurs aisés de la paroisse de Chazelles : Benoît Grataloup (La Quinardière) et François Chanavat (La Mornandière). Il mourut en 1761, à un peu plus de 54 ans, sans avoir eu le temps de mener toutes ces entreprises à leur terme. Par son testament du 02 mars 1761[13], il laissa le domaine Moulin Gabillon à son fils Barthélemy Blanchon, né de son premier mariage, et le domaine de Jancenay, à Mathieu Blanchon, l’aîné des fils de son deuxième mariage[14].

               A la mort de son père, Mathieu Blanchon (1735-1809), lui succéda à 26 ans comme fermier du Seigneur Commandeur pour le domaine de Montfuron et épousa presque immédiatement, le 23 novembre 1762 à Chazelles, Claudine Grangy Thomas (1742 -1810), 20 ans, fille de Barthélémy Grangy, de La Chèvre, et d’Antoinette Pupier Bras-de-Fer. Ce Barthélemy Grangy était le beau-frère de son père (du fait du premier mariage de ce dernier avec Jeanne Grangy) et probablement son meilleur ami. Il était aussi l’oncle et le parrain de son demi-frère Barthélemy Blanchon.

                       Mathieu Blanchon fit apparemment ses affaires encore mieux que son père et son grand-père : un peu avant la Révolution il affermait, comme son père avant lui, certaines dîmes de la Commanderie, ce qui veut dire qu’il en mettait, tout à fait légalement, une bonne partie dans sa poche, mais sur une beaucoup plus grande échelle que ne le faisait Benoît Blanchon. On sait que de 1774 à 1787 (au moins) il affermait ainsi pour 2000 livres par an et quelques prestations en nature la Dîme dite “de la Besace ou de Bas-Lieu”, perçue à St-Denis-sur-Coise, pays de sa mère[15] ; qu’à partir de 1776 il y ajoutait la Dîme de Chazelles[16]pour 2700 livres et 500 bottes de paille, ferme qu’il partageait avec son “beau-frère”Antoine Besson (en fait beau-frère de son frère cadet Benoît, époux de Françoise Besson) ; enfin qu’à partir de 1781 il y ajoutait encore la Dîme de Montchorier à St-Laurent-de-Chamousset, pour 420 livres par an[17]. Il fallait avoir les reins solides pour s’engager à payer en tout près de 4000 livres par an au Seigneur Commandeur, mais s’il n’y avait pas de catastrophe naturelle cela pouvait probablement rapporter à peu près le double. A titre de comparaison, on notera qu’en 1766 Me Rambert Javogues, notaire à Bellegarde (et père du Représentant en mission de la Convention, Claude Javogues, qui installera la guillotine à Feurs), pouvait revendre l’Hôtellerie du Chapeau Rouge de Chazelles pour 3000 livres. La Révolution venue, alors que le dernier Seigneur Commandeur, Gaspard de la Richardière de Besse, allait être exécuté à Paris, Mathieu Blanchon, Syndic de la communauté de Chazelles, fut le premier Chazellois à porter (brièvement) le titre de Maire et fut nommé le 20 juin 1790 l’un des douze administrateurs du District de Montbrison. Sans doute trop pris par ces nouvelles obligations, il se libéra en émancipant son fils Jean Marie, 23 ans (la majorité civile était alors fixée à 25 ans pour les femmes et à 30 ans pour les hommes), et en lui faisant donation de tous ses biens immeubles, c’est à dire essentiellement des bâtiments et des terres obstinément conservés à Jancenay, depuis Antoine Blanchon, son grand-père, en dédommageant les autres héritiers,[18] plus le domaine Moulin Gabillon et quelques acquisitions telles qu’une terre à Jancenay dite Terre du Fontanil[19] et un bois sur la paroisse de Chazelles, au sud de la route de Bellegarde, dit Bois Chalmazel[20]. Bien lui en prit car il fut peu après (2 septembre 1791) élu député du Rhône-et-Loire à l’Assemblée Législative (1er octobre 1791 – 20 septembre 1792), sans avoir été candidat, et, ayant accepté, dut quitter Chazelles et se rendre à Paris pour un an. Pendant son absence, son fils Jean Marie s’occupa du domaine de Montfuron et fut ainsi, au moins en pratique, le quatrième fermier de ce domaine à porter le nom de Blanchon, après son père (Mathieu), son grand-père (Benoît) et son arrière-grand-père (Antoine)[21]. A l’automne 1792 Mathieu Blanchon revint à Chazelles, et ne fit apparemment plus de politique. Les biens de la Commanderie furent vendus en bloc comme Bien National par le Directoire du district de Montbrison le 9 juillet 1793, à Jean Hector Montaigne Poncins, ancien militaire de carrière résidant à Lyon, qui n’était autre que le ci-devant Marquis de Poncins, de St Cyr-les-Vignes, gros propriétaire terrien dans la Plaine du Forez. Mathieu Blanchon fut brièvement son fermier, comme il avait été celui du Seigneur Commandeur, et peut-être même celui de ses héritiers, car le nouveau propriétaire ne le fut que trois mois avant de trouver la mort au siège de Lyon le 04 octobre 1793, alors qu’il se battait aux côtés du Comte de Précy contre les troupes de la Convention. Mathieu se retira ensuite chez son fils à Jancenay où il mourut en 1809, à l’âge de 74 ans, et sa femme l’année suivante. Une rue de Chazelles porte aujourd’hui son nom.[22]

                        Mathieu Blanchon et Claudine Grangy eurent surtout des filles, dont six survécurent et quatre se marièrent et eurent des descendants, mais tout de même un fils : Jean Marie Blanchon (1767-1848) dont il vient d’être question. Il était propriétaire du domaine de la famille à Jancenay depuis la donation que lui avait fait son père en 1791, et y résidait. Vers 1798-1800 il fut adjoint au maire de Chazelles. En 1813, à 36 ans, il épousa une lointaine cousine[23], Jeanne Marie Fayolle (1780-1843), 23 ans, fille de Grégoire Fayolle († 1785), propriétaire d’un domaine agricole à La Niole, commune de St-Denis-sur-Coise, au NE de Jancenay, cabaretier à St-Irénée et bourgeois de Lyon et enfin rentier, propriétaire d’une maison avec jardin à St-Symphorien-sur-Coise, hors la porte de Gouvard. La mère de l’épouse était Jeanne Marie Pupier, fille de Jean Antoine Pupier [Bras-de-Fer], marchand demeurant au lieu du Mont, paroisse de Chazelles-sur-Lyon, et de défunte Catherine Blanchard (mariage à Chazelles le 07 février 1745) ; mariée en 1780 et veuve cinq ans plus tard (02 septembre 1785), Jeanne Marie Pupier vivait de ses rentes à St-Symphorien et ses deux filles, Jeanne Marie et Marie Anne Fayolle, avaient hérité du domaine de La Niole et de la maison de St-Symphorien, le tout indivis entre elles. Le couple s’installa à Jancenay, commune de Chazelles où Jeanne Marie Fayolle accoucha de deux enfants morts-nés le 6 février 1814. C’est sans doute pour cette raison qu’elle retourna dans sa famille à St-Symphorien pour mettre au monde, en 1815, l’enfant suivant : Etienne (Jean Marie) Blanchon, dont la naissance fut déclarée à la Mairie de Chazelles le lendemain. Deux ans plus tard, en 1817, le couple eut encore un garçon, prénommé simplement Jean Marie comme son père, mais qui, lui, naquit à Chazelles. Sous la Restauration, un cousin de Jean Marie Blanchon (le père), Jean Baptiste Blanchon, surnommé “l’Ermite”, fervent légitimiste, fut Maire de Chazelles de 1815 à 1830. C’est lui qui, en tant qu’officier d’État-Civil, enregistra la naissance d’Étienne. Quand il fut destitué par Louis-Philippe et remplacé par Louis Delorme, Jean Marie Blanchon, le père, redevint Premier adjoint. En 1839, il racheta à sa belle-sœur la moitié du domaine de La Niole dont sa femme n’était pas propriétaire[24]. A la fin de sa vie Jean Marie Blanchon se retira dans l’ancienne Cure, dite Maison Curiale, d’avant la Révolution, au 2 place de l’Église à Chazelles, qu’il avait achetée à la Ville en 1830, et qui fut connu dès lors sous le nom de “maison Blanchon”[25]: c’est là qu’il mourut, le 30 décembre 1848.

                    Étienne Jean Marie Blanchon (1815-1886), pelaud du côté maternel et par son lieu effectif de naissance, résidait cependant à Chazelles, avec son frère, dans la “Maison Blanchon”, héritée de leur père. Il est certain qu’ils n’exploitèrent jamais directement leurs terres de Jancenay et d’ailleurs mais les firent exploiter par des fermiers car tous les actes notariés connus les qualifient de “propriétaires rentiers”. Du côté maternel ils héritèrent aussi de la totalité des biens de leur grand-père Grégoire Fayolle, puisque leur tante, Marie-Anne Fayolle, épouse Féchet, qui n’avait pas eu d’enfants, leur légua aussi tout ce qu’elle possédait peu avant sa mort en 1846[26]. Etienne Blanchon gérait avec son frère, et à partir de 1868 pour son frère, leur patrimoine, laissé en indivision[27], c’est-à-dire qu’ils plaçaient tous les revenus disponibles en rentes sur l’Etat ou en prêts à des particuliers de toute la région négociés par l’intermédiaire de divers notaires mais surtout de Me Gabriel Fayolle, le père, puis à partir de 1884, le fils, notaires à Haute-Rivoire (Rhône). A l’occasion ils achetaient tel ou tel domaine agricole qui se trouvait à vendre, surtout au voisinage des terres familiales de Jancenay ou La Niole, au sud de la ville de Chazelles, et en particulier les propriétés de leurs lointains cousins Jean et (Jean) Antoine Grangy à La Chèvre[28], mais aussi du côté de Haute-Rivoire ou résidait leur notaire préféré. Ils finirent ainsi par posséder une bonne douzaine de domaines de tailles diverses ainsi que des terrains et des maisons de ville à Chazelles-sur-Lyon, soit, en tout, certainement plus de biens immeubles que n’en possédait le Seigneur Commandeur dans sa réserve seigneuriale avant la Révolution …. Il est donc clair que c’étaient des notables. En 1852, avec l’avènement de Napoléon III, Etienne Blanchon fut d’ailleurs nommé Maire de Chazelles, mais pour une raison inconnue (sans doute désapprouvait-il le coup d’état de Louis Napoléon) il refusa. Cela ne l’empêcha pas d’être ensuite l’Adjoint de Louis Néel, maire de Chazelles de 1865 à 1867, puis membre de la Commission qui, après dissolution du Conseil municipal, géra en 1870-71 la crise due à la défaite et au changement de régime, et enfin, à 69 ans, deux ans avant sa mort, adjoint d’Eugène Provot, maire de Chazelles à partir de 1884[29]. Etienne Blanchon mourut à Lyon le 27 mars 1886, avenue du Doyenné, à deux pas de la Cathédrale St-Jean, et le décès fut déclaré à la mairie du 5e arrondissement dans le Vieux-Lyon. Tous les actes concernant sa succession précisent qu’il s’y trouvait “accidentellement” : il était donc de passage, pour son plaisir et/ou ses affaires (on pouvait à cette date voyager de Viricelles-Chazelles-sur-Lyon à la Gare St-Paul à Lyon par le train), et logé probablement à l’hôtellerie. Célibataire, Etienne Blanchon n’avait pas d’autre héritier à réserve que son unique frère, Jean Marie Blanchon, le fils, de deux ans son cadet, célibataire lui aussi. Se souvenant de sa naissance à St-Symphorien-sur-Coise, qu’il rappelle en toutes lettres ans son testament[30], et sans doute aussi des biens du grand-père Grégoire Fayolle dont il était encore copropriétaire avec son frère, Etienne Blanchon, fit de l’Hospice de cette ville son légataire universel, mais il laissa l’usufruit de ce legs à son frère Jean Marie, sa vie durant, de sorte que la succession ne put vraiment être réglée qu’après le décès de ce dernier cinq ans plus tard (V. ci-dessous). L’Hospice de St-Symphorien finit donc par recevoir un legs assez époustouflant consistant en biens mobiliers et immobiliers (probablement équivalent à plus de 12 millions de nouveaux francs ou 1 million 800 000 € ) qui permit d’effectuer de gros travaux dans les locaux de l’établissement. En reconnaissance, lorsque la municipalité décida de nommer le nouveau “Boulevard” permettant d’accéder à la route de Chazelles sans descendre au faubourg dans la vallée pour remonter ensuite sur le plateau, comme on faisait précédemment, elle lui donna le nom d’Etienne Blanchon[31], nom qu’il porta jusqu’à il y a environ trente ans avant d’être rebaptisé Boulevard Dr. André Margot en l’honneur d’un maire de la ville. Une autre disposition du testament prévoyait qu’une somme de 50 000 F serait partagée entre les “enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants existants le jour de [son] décès” de ses quatre tantes mariées, filles de Mathieu Blanchon le Législateur et de ses deux “cousins” [parents au 6e degré] Antoine et Jean Grangy, de La Chèvre, dont il avait, avec son frère, acheté les domaines. Cette disposition fut scrupuleusement respectée par Me Fayolle, son exécuteur testamentaire, et donna lieu à une cohue pour faire enregistrer jusqu’à des enfants à naître “conçus, croit-on, avant le décès de M. Etienne Blanchon” … Finalement, il se trouva 209 ayant-droits, à Chazelles, Coise, Larajasse, Lyon, St-Genis-Laval, St-Martin-la-Plaine, St-Maurice-sur-Dargoire, St-Médard-en-Forez, Rive-de-Gier, St-Chamond, Saint-Étienne, Sorbiers, et même jusqu’à Romans et Aix-en-Provence, qui reçurent chacun : 50 000 : 209 = 239 F 235[32]. On en parla longtemps dans nos campagnes…

                    Jean Marie Blanchon, le Jeune (1817-1891), frère du précédent, célibataire, était tout aussi riche que lui puisque leurs biens étaient indivis, et même beaucoup plus riche pendant les cinq dernières années de sa vie puisqu’il jouissait alors de l’usufruit de la part de son frère décédé. Plus effacé, vivant apparemment dans l’ombre de son aîné, il ne semble pas avoir eu de rôle dans la vie publique. A sa mort, en 1891[33], dans la Maison Blanchon au 2 Place de l’Église à Chazelles, il laissa 100.000 F (plus de 2 millions 100.000 nouveaux francs ou 320.000 €) à l’Hospice de la ville. C’était évidemment beaucoup moins que ce qu’avait laissé son frère à celui de St-Symphorien, mais tout de même deux fois plus que le plus gros legs d’un particulier fait jusqu’à cette date à cet établissement. Imitant son frère, il laissa 10 000 F aux petits enfants de ses quatre tantes mariées, filles de Mathieu Blanchon, le Législateur, mais instruit par l’expérience (ou mis en garde par Me Fayolle), il prit la sage précaution de spécifier que ce degré de parenté était limitatif et ne devait pas s’étendre au-delà. Le plus gros de sa fortune revint, à un certain Jean Thivard, ancien propriétaire exploitant à St-Médard-en-Forez, puis rentier à Saint-Etienne, mari de défunte Léonie Bajard, (une cousine, parente du testateur au sixième degré, arrière-petite-fille de sa tante Antoinette Blanchon, femme Grégoire, l’une des six filles de Mathieu Blanchon le Législateur), lequel se mit à son tour à prêter force argent à intérêt, comme ceux dont il avait hérité près de la moitié des biens…

                        Ainsi finit, faute de descendants, le tronc principal des “Blanchon-Montfuron”, et la fortune qu’ils avaient mis presque deux siècles à accumuler, gagnée en grande partie sur le dos des populations de Chazelles et de sa région, fit en somme finalement retour, pour un peu plus de la moitié, à la collectivité, bien qu’avec un retard assez considérable … On ne saura sans doute jamais si les deux donateurs étaient ou non conscients de cette ironie du sort.

                         Au terme de cette histoire qui a montré l’émergence, l’enrichissement progressif, et finalement la disparition de la branche principale d’une famille, on ne peut manquer d’être frappé par la continuité de cette évolution ainsi que par son rythme curieusement irrégulier.

                         Trois, voire quatre, générations successives de fermiers d’un même domaine, voilà sans doute la continuité la plus évidente, d’autant plus que la même chose se passait parallèlement dans une autre branche de la même famille pour le domaine de St-Bonnet-les-Places, à St-Laurent-de-Chamousset, appartenant aussi à la Commanderie de Chazelles, et qu’au XVIIe siècles deux générations de Joannon et trois générations de Pupier (dits Picard, pour les distinguer des nombreux autres Pupier de Chazelles[34]) s’étaient déjà succédé comme fermiers de Montfuron. On pourrait donc croire qu’il y avait là une spécificité de la gestion des Chevaliers de Malte. Cependant on constate le même phénomène chez les fermiers de propriétaires nobles, comme par exemple les Moretton, fermiers du domaine du Château de Clérimbert à St-Symphorien, ou ceux de grands bourgeois visant la noblesse de robe ou l’ayant déjà obtenue, comme les Gonon fermiers du domaine Buer à Viricelles. Il faut comprendre sans doute que les propriétaires non-exploitants, qu’ils aient été nobles, bourgeois ou ecclésiastiques, se souciaient surtout de la régularité de leurs revenus et n’avaient aucune raison de changer de fermiers si ceux-ci donnaient satisfaction, surtout si la famille était capable de fournir instantanément un nouveau chef d’exploitation lorsque le titulaire d’un bail venait à mourir en plein milieu d’une saison de culture. De là la formation presque automatique, pour peu que la biologie s’y prête, de dynasties de gros fermiers qui finissaient le plus souvent par marier leurs enfants dans le même milieu.

                     Des terres à Jancenay, paroisse, puis commune de Chazelles, conservées sur cinq générations (Antoine, Benoît, Mathieu, Jean-Marie, et enfin les frères Etienne et Jean Marie le Jeune, en indivision) voilà une deuxième et remarquable continuité. Il faut y voir, bien entendu, la manifestation de l’attachement bien connu des familles paysannes à leurs terres, au point que toute vente de fonds familiaux était, et est parfois encore, considérée comme un déshonneur[35]. L’héritier étant traditionnellement de préférence le fils aîné on a pu voir dans ce code une version roturière du droit d’aînesse, mais il s’agissait surtout, au moins avant l’entrée en vigueur du Code Civil napoléonien, de conserver le plus efficacement possible une propriété viable, donc préservée de tout démembrement, qui puisse servir de position de repli au cas où le bail à ferme ou à grangeage du domaine qui constituait la ressource essentielle de la famille viendrait, pour une raison quelconque, à ne pas être renouvelé.

                   L’irrégularité de cette évolution n’est pas moins frappante que sa continuité. Les acquisitions de terres commencent brusquement juste avant le décès d’Antoine, le premier Blanchon fermier de Montfuron. C’était un début prometteur et cependant quarante-cinq ans plus tard, au Terrier Faure de Montgirard de 1772[36], son petit-fils Mathieu Blanchon signe une reconnaissance au Seigneur Commandeur pour les mêmes biens augmentés d’environ 2 ha 20, ce qui n’est pas grand-chose. Pourtant Mathieu gagnait certainement beaucoup d’argent. A la génération précédente Benoît Blanchon n’avait guère augmenté son patrimoine que des 7 ha du Domaine Moulin Gabillon comme on l’a vu ci-dessus. Ce n’est qu’entre 1772 et 1791 que le processus d’acquisition reprend un peu : achat en 1779 des maigres biens à Chazelles du cousin Cyprien Blanchon; achat de la terre du Fontanil en 1782 et du Bois Chalmazel en 1788 ; enfin achat à une date encore inconnue d’une terre au lieu de Viara, à la limite de Grézieu-le-Marché. Après la donation de Mathieu à son fils Jean Marie en 1791, ce dernier recommence à acheter, en tout environ 15 ha, ce qui doit porter son patrimoine à quelques 40 ha : c’est mieux mais pas encore comparable à l’explosion d’achats qui caractérisera la dernière génération entre 1848 et 1891[37].

                      La clef de cette irrégularité peut nous être fournie, par exemple, par les conditions de la donation de 1791 : elle prévoyait que Jean Marie Blanchon, le donataire, devrait payer des “légitimes”[38], fixées dans ledit acte, à ses sœurs Catherine Blanchon la cadette [femme de Jean Marie Thélisson, de St-Médard, à partir du 9 juin 1798], Jeanne Marie Blanchon, Claudine Blanchon [femme de Jean Antoine Bruyas, de Larajasse, à partir du 30 décembre 1798], et Marie Blanchon, 4 filles du donateur encore célibataires, et un supplément de légitime à chacune de Catherine Blanchon, l’aînée, mariée à Jacques Clavel, de Chazelles, en 1790, et Antoinette Blanchon, mariée à André Grégoire, de Coise, la même année. De plus, à la mort de Mathieu en 1809, certaines sœurs et leurs maris menaceront de remettre en cause les arrangements de 1791 au nom des nouvelles lois successorales plus favorables pour elles et obligeront leur frère Jean Marie Blanchon à transiger et à leur verser un supplément de légitime. Toute sa vie Jean Marie a donc été handicapée, malgré l’importance de ses revenus, par la nécessité de dédommager ses cohéritiers. Et l’on comprend, a posteriori, qu’il a dû en aller de même à chaque génération. Il était certes confortable sous l’Ancien Régime d’être l’héritier universel, assuré de conserver l’essentiel du patrimoine familial et donc l’outil de production, mais de toute évidence ce n’était pas une sinécure, surtout lorsque la famille comptait une dizaine d’enfants survivants, voire plus, malgré le taux généralement élevé de mortalité infantile. Les seuls à échapper à ces lourdes contraintes furent donc le premier et les derniers de la lignée : le premier, Antoine Blanchon, n’était pas l’aîné des trois garçons connus, mais même l’eût-il été, leur père étant journalier, il n’y avait pratiquement pas de patrimoine à partager et donc personne à désintéresser de quoi que ce soit ; quant aux deux derniers, n’ayant ni frères ni sœurs ni femmes ni enfants et vivant, dit-on, fort chichement, ils ne dépensaient quasiment rien et pouvaient consacrer la presque totalité de leurs revenus à l’accroissement exponentiel de leur patrimoine[39].

                   Jean Marie Blanchon, le père (1767-1848), sa femme Jeanne Marie Fayolle (1780-1843), et leurs deux fils Etienne Jean Marie Blanchon (1815-1886) et Jean Marie Blanchon, le Jeune (1817-1891), les derniers Blanchon-Montfuron, reposent tous les quatre sous un lourd monument du cimetière de Chazelles[40]. A la mort de Jean Marie Blanchon le Jeune en 1891, ce tombeau n’était encore recouvert que d’une simple dalle mais, dans son testament, ce dernier chargea son légataire universel, Jean Thivard, qui héritait aussi de la concession au cimetière, de confier 8000 F à Me Gabriel Fayolle pour qu’il fasse ériger par-dessus “un monument modeste”, à charge pour lui de restituer le reliquat éventuel. En ce début du XXIe siècle, le monument (pas si modeste que cela) est peu ou pas entretenu et j’ai dû grimper dessus pour déchiffrer péniblement des inscriptions presque illisibles. Mathieu Blanchon, le Législateur, étant mort en 1809, avait certainement été enterré dans le cimetière de l’époque, à St-Roch depuis 1770, (devenu ensuite la Place Thiers, et aujourd’hui la Place du Général de Gaulle). Vu le temps écoulé depuis sa mort, il est peu probable que ses restes aient été exhumés et ré-inhumés dans le cimetière actuel, ouvert en 1854 : je n’ai d’ailleurs pas trouvé de tombe à son nom et il n’y a aucune inscription le concernant sur le tombeau où reposent son fils, sa bru, et leurs deux enfants.

Jean Alain Blanchon

6, rue Benoît-Badoil  69 630 Chaponost

 édité avec l’autorisation de l’auteur que nous remercions vivement.

BIBLIOGRAPHIE

 Archives DÉpartementales de la Loire (AD42)

Sous-série 5E : Minutes des notaires du Département de la Loire

Archives DÉpartementales du Rhône (AD69)

Sous-série 3E : Minutes des notaires du Département du Rhône.

Sous-série 48H : Fonds Malte.

Blanchon, Jean-Baptiste

  1. Mes souvenirs : Mémoires d’un contemporain (1782-1860). Texte établi par Henri Brun et Edouard Crozier d’après un manuscrit conservé dans des archives privées non précisées, . Montbrison : Editions de La Diana.

Boissieu, Maurice de

  1. Notices historiques sur Saint-Médard, Chevrières, Chazelles-sur-Lyon. Lyon: Éditions René Georges. Reproduction de l’édition de 1903 chez Éleuthère Brassart à Montbrison, tiré à part du Bulletin de la Diana, t. XII (1901).

Bourne, Hippolyte

  1. Histoire de la Ville & de la Commanderie de Chazelles-sur-Lyon. Lyon: Éditions René Georges. Reproduction de l’édition originale de 1912 chez Éleuthère Brassart à Montbrison.

Brossard, Etienne

  1. Histoire du département de la Loire pendant la Révolution française (1789-1799), publié par Joseph de Fréminville, Tome I : Les Etats Généraux, L’Assemblée Constituante, L’Assemblée Législative.Paris, Librairie Champion, et Saint-Etienne, Librairie Chevalier.

Carte IGN au 1 : 25 000, n° 2932 O : Chazelles-sur-Lyon, St-Symphorien-sur-Coise.

Registres Paroissiaux et d’Etat-Civil de Bellegarde, Chazelles-sur-Lyon, Chambéon, Chevrières, Maringes, St-Cyr-les-Vignes, St-Denis-sur-Coise, St-Laurent-de-Chamousset, St-Médard-en-Forez, St-Symphorien-sur-Coise, Virigneux.

RÉFÉRENCES

[1] Histoire de la Ville & de la Commanderie de Chazelles-sur-Lyon, p. 501.

[2] On possède plusieurs descriptions de ce domaine, parfois très détaillées, datant de 1642 (AD 69 : 48H 1602), de 1686 (48H 323), de 1721 (48H 1602), de 1725, 1733, 1753 et 1766 (48H 1603),et enfin de 1771 (48H 1604).

[3] Ce néologisme est emprunté à Emmanuel Le Roy Ladurie : Histoire des paysans français, de la Peste noire à la Révolution, Paris, Seuil-PUF, 2002, p. 204.

[4] Ainsi, dans son contrat de mariage avec Jeanne Girin, reçu Me Trutinieu, notaire royal à St-Symphorien-le-Château, le 10 décembre 1704 (AD69 : 5E 36913) Antoine Blanchon doit promettre de restituer la dot de sa femme à qui de droit, le cas échéant, ce qui était une clause tout a fait habituelle, mais vu la différence de condition sociale entre les époux on a exigé en plus de lui qu’il ait sur ce point la caution de Benoît, son père, et de Jean, son frère aîné, ce qui était par contre tout a fait inhabituel et sans doute vexatoire :  c’est donc ensemble et solidairement que les trois Blanchon passent quittance à Jeanne Girin le 27 mai 1705 (même notaire, même cote).

[5] AD42 : 5E44_651.

[6] AD42 : 5E44_652.

[7] Voir mon article “Du nouveau sur les origines des Flachon de la Jamayère à Brignais”, Généalogie et Histoire, Revue du Centre d’Etudes Généalogiques Rhône-Alpes, n°143, septembre 2010, pp. 56-58.

[8] Vente passée à “Francheville près Lyon” par devant Me Pierre Comarmond, Notaire royal à Chazelles (AD42 : 5E44_654). L’acquéreur, le notaire, et l’un des témoins, tous chazellois, ont dû faire l’essentiel du trajet …

[9] Le registre paroissial de ND de Chazelles pour les années 1720-1730 étant en très mauvais état son acte de sépulture est introuvable. Cette date approximative ne peut être déterminée que par divers recoupements.

[10] Elle signe pour ces biens une reconnaissance au Seigneur Commandeur au Terrier Pupier de 1740 : AD69 : 48H 1509.

[11] Ce manuscrit, dont on avait perdu la trace, vient d’être retrouvé et publié par La Diana, Montbrison (V. Bibliographie)

[12] On a le bail de 6 ans pour la période 1745-1751 : AD 69 : 48H 1614.

[13] Recu Me Mathevon, notaire royal à Chazelles : AD42 : 5E44_626.

[14] Barthélemy revendra plus tard le domaine Moulin Gabillon à son demi-frère Mathieu. (Acte reçu Me Faure de Montgirard, notaire royal à Chazelles, le 1er août 1773, AD42 : 5E44_662).

[15] A la date de 1780, “Le Seigneur continue également [à Mathieu Blanchon] la ferme de la dîme de la Besache ou de Bas-Lieu qui se lève en Coise, dépendant de la Commanderie, suivant le bail à lui passé le trois mars mil sept cent septante quatre : AD 69 : 48H 650.

[16]. AD 69 : 48H 635 : Baux et comptes de Me Faure de Montgirard pour le Commandeur Nicolas François de Prunier de Lemps,1776.

[17] AD 69 : 48H 653, sous la date du 6 mai 1781.

[18]Par acte reçu Me Foujols, notaire à St Galmier le 28 avril 1791 : AD42 : 5E 2360. 0n en possède aussi une analyse partielle faite par le notaire Gabriel Fayolle, de Haute Rivoire, un siècle plus tard : AD 69 : 3E 29 414.

[19]. Achetée par Mathieu Blanchon le 13 mars 1782, par acte reçu Me Teyssot, notaire à St Symphorien-le-Château : AD69 : 3E 14 059, pièce n° 49.

[20]. Acheté par Mathieu Blanchon le 6 février 1788, par acte reçu Me Richard, notaire à Haute-Rivoire : AD69 : 3E 30 094, pièce n° 64. Ce bois figure encore sur la carte de L’IGN au 1/25000e sous le nom de Bois Charmazel.

[21] On a une lettre signée J M Blanchon, adressée en 1791 au Receveur de la Commanderie de St Georges, à Lyon, attribuée par erreur au répertoire des AD69 à Mathieu Blanchon, mais en fait écrite en son absence par son fils Jean Marie, qui le prouve : AD69 : 48H 220. Jean Marie était forcé de s’adresser directement à Lyon car à cette date le dernier Commandeur de Chazelles, qui, à la différence de la plupart de ses prédécesseurs, résidait d’ordinaire dans sa Commanderie, était en fuite.

[22] C’est la deuxième sur la droite en venant de la Place des Portes (ou “fond de ville”) en direction de Chevrières et St Médard. Elle fait communiquer la Route de Chevrières et celle de St Galmier.

[23] Les jeunes mariés avaient en commun un couple d’arrière-grands-parents : Jean Pupier Bras-de-Fer et Claudine Gautier, mariés à Chazelles le 09 octobre 1696.

[24] Par acte reçu Me Perrin, notaire à St Symphorien-sur-Coise, le 27 février 1839 : AD69 : 3E 14 388, pièce n° 44.

[25] On possède un plan de Chazelles du XVIIIe siècle (AD 69 48H 1616) où la position de la maison curiale est clairement indiquée : c’était la deuxième maison à l’ouest du passage faisant communiquer la Place de l’Eglise avec la Grand Rue. La première maison ayant été démolie depuis, elle se trouve désormais en bordure du passage, qui a donc été décalé d’est en ouest, opération rendue nécessaire entre autre par l’avancée de la façade ouest de l’église lors de la reconstruction du clocher terminée en 1827, alors que Jean Baptiste Blanchon était maire. On possède aussi une description détaillée de la disposition intérieure de la maison curiale telle qu’elle se présentait en 1725 (AD69 : 48H 1603), soit une cave, trois niveaux d’habitation de deux pièces chacun dans la profondeur, et des greniers au-dessus. Actuellement, la cave de cette maison, désormais ouverte sur la Grand-Rue, est occupée par la Maison de la Presse. Elle a été aussi beaucoup remaniée, mais reste encore facilement identifiable grâce aux documents cités ci-dessus. L’entrée sur la place J.B. Galland, ex-Place de l’Eglise, porte toujours le numéro 2.

[26] A l’exception de son perroquet, qui alla aux nièces de son mari … accompagné d’une rente annuelle de 50 francs aussi longtemps que l’animal vivrait : Testament de Marie Anne Fayolle, reçu Me Besson, notaire à St Symphorien, le 24 octobre 1846 : AD69 : 3E 14 290.

[27] Jean Marie Blanchon, le Jeune, lui signe à cet effet une procuration devant Me Fayolle, notaire à Haute-Rivoire le 16 juin 1868 : AD 69 : 3E 29 389, pièce n° 212.

[28] Actes reçus Me Meunier, notaire à Chazelles, le 3 mai 1859 (Domaine de Jean Antoine Grangy) et le 16 octobre 1860 (Domaine de Jean Grangy).

[29] Toutes ces précisions sur la carrière municipale d’Etienne Blanchon sont tirées de Bourne, op. cit. pp. 502 – 504 : Les maires de Chazelles.

[30] Testament annexé à l’acte de notoriété du 9 avril 1886 figurant aux minutes de Me Fayolle Fils, notaire à Haute-Rivoire : AD 69 : 3E 29 408.

[31] Délibération du Conseil Municipal du 7 août 1895. Renseignement fourni par M. Pierre Lhopital de St-Symphorien-sur-Coise.

[32] Division opérée par Me Gabriel Fayolle devant Me Matagrin notaire à St-Laurent-de-Chamousset, le 18 mars 1887 : AD69 : 3E 30 035.

[33] Testament, plus deux codicilles, aux minutes de Me Gabriel Fayolle, notaire à Haute-Rivoire : AD69 : 3E 29 413

[34] Pupier de Brioude, Pupier St Georges, Pupier Flaccard, Pupier Bras de Fer, etc.

[35] Comme la branche chazelloise des Blanchon fermiers de la Commanderie, celle de St Laurent de Chamousset s’accrocha pendant trois générations aux quelques biens qu’elle possédait en propre à Chazelles, mais lorsqu’en 1779, contraint par la nécessité ou ayant compris qu’après plus de 50 ans d’absence aucun de ses descendants ne retournerait sans doute jamais dans cette ville, Cyprien Blanchon finit par vendre le petit héritage provenant d’un arrière-grand-père, il le vendit … à Mathieu Blanchon, son lointain cousin de Montfuron, évitant ainsi qu’il sorte de la famille. Acte reçu Me Faure de Montgirard le 22 août 1779 [AD42 : 5E44_664].

[36] AD69 : 48H 1511.

[37] Il serait fastidieux d’énumérer tous les actes notariés concernés, disséminés chez plusieurs notaires de la région, mais on les trouvera dans la liste des titres et pièces partagées entre l’Hospice de St Symphorien-sur-Coise, Légataire universel d’Etienne Blanchon, et Jean Thivard, Légataire universel de Jean Marie Blanchon, acte déposé aux minutes de Me Gabriel Fayolle, Notaire à Haute-Rivoire, pour l’année 1892 : AD 69 : 3E 29 414.

[38] Légitime : Terme de jurisprudence. Portion assurée par la loi à certains héritiers sur la part héréditaire qu’ils auraient eue en entier, si le défunt n’avait pas disposé autrement de cette part (c’est un terme d’ancien droit ; l’institution du droit nouveau, analogue sans être tout à fait pareille, se dit réserve). Littré.

[39] Je tiens de la bouche d’Adolphe Ulmer (1878-1968), de Chazelles, époux en secondes noces de ma grand-mère Aline Vietti, veuve Blanchon, qu’il se souvenait d’avoir vu le dernier Blanchon-Montfuron († 1891) déambuler en ville vêtu comme un paysan, avec du foin dans ses galoches, ce qui amusait beaucoup la population, qui avait une idée assez précise de l’étendue de sa fortune.

[40] Il s’agit de la Concession perpétuelle n°7 du 8 novembre 1872, située contre le mur de clôture à côté de la première entrée, une petite porte, en venant de la route de Grézieu

Pour être complet dans ce dossier qui comporte de nombreuses versions d’allure toutes authentique, nous portons à la connaissance de nos lecteurs plusieurs remarque qui n’ont jamais eu de réponse et qui proviennent de l’historiographe des Blanchon-Montfurond le plus « capé » à nos yeux au regard des multiples recherches personnelle effectuée.

par Jean Alain Blanchon, Chaponost le lundi 7 novembre 2011

Extrait d’une lettre adressée en mai 2010 à M Xx Xx et restée à ce jour sans réponse …

par Jean Alain Blanchon, Chaponost le lundi 7 novembre 2011

Il s’agit d’abord de vous remercier pour le travail que vous avez accompli en publiant les mémoires de Jean-Baptiste Blanchon, maire de Chazelles de 1815 à 1830. Certes, l’essentiel pour l’histoire de Chazelles figurait déjà dans Bourne (1912, 1997), mais des passages qui paraissent aujourd’hui intéressants avaient été omis, ce que l’on ne pouvait savoir jusqu’ici. D’autre part il est rassurant d’apprendre que le manuscrit, dont on pouvait craindre la disparition, existe toujours, même si vous ne dites pas où il se trouve. Enfin, Bourne avait évidemment laissé de côté les passages ayant trait aux démélés de Jean-Baptiste avec sa famille, et j’ai appris ainsi certaines choses qui m’ont beaucoup intéressé, car je descends, comme lui de Benoît Blanchon, fermier du domaine de la Commanderie à Montfuron (de la mort de son père Antoine vers la fin octobre 1727 à son propre décès en 1761), et de Catherine Goujon, de St-Denis-sur-Coise. (Voir éventuellement mon “Histoire des Blanchon-Montfuron” sur le site internet Chazelles-histoire, article qui demanderait à être corrigé et mis à jour de mes dernières recherches.) (PS l’édition que vous venez de lire est la dernière corrigée)

Il s’agit en second lieu de faire quelques suggestions concernant votre publication. J’y ai en effet relevé un certain nombre de bizarreries, qui doivent être des erreurs de lecture ou des coquilles, ainsi que la comparaison avec la version de Bourne semble le suggérer, mais que seule la confrontation avec le manuscrit pourrait confirmer ou infirmer ;

p. 11 : “Le grand chemin de Montfuron dont le prix de ferme etc.”, cf. Bourne, p. 272 : “le grand domaine”

p. 17 : “à tout par jour comme des journaliers”, cf. Bourne p. 298 : “à tant par jour”

p. 21 : “… Benoît Blanchon Saturat berna les Lyonnais en les couchant en joue…”, cf. Bourne, p. 318 : “Pâtural” et “borna (sic)”

p. 22 :”… prirent après l’affaire de leur logement…”, cf. Bourne p. 321 : “… prirent, après l’affaire, leur logement …”

p. 30 : “… firent le procès dévastatrices…”, cf Bourne : “… à ces bandes dévastatrices…”

p. 32 : “… avant qu’il ne toucha le sol…”, cf. Bourne p. 332 : “… qu’il ne touchât …”

pp. 24, 34, 128 : “Jomard” (nom du curé de Maringes) cf. Bourne “Jomand”. C’est Bourne qui a raison : la Commune de Maringes, qui avait conservé jusqu’à nos jours sa part du legs Jomand comme réserve foncière, a inauguré il y a peu un “lotissement Jean-François Jomand”. V. aussi Abbé J. Jomand, Une paroisse du Forez sous la Révolution : Jean-François Jomand, curé de Maringes (1783-1816), Lyon, Amable Audin, 1949. L’Abbé, puis Chanoine, Jomand étant né à Chaponost, une nouvelle rue de cette ville vient de recevoir son nom.

p ; 93 : “… ils ont ensuite à s’exécuter …”, cf.Bourne p. 481 : “… ils en sont encore à s’exécuter…”

p. 94 : “… au lieu du Camps …”, cf. Bourne, p. 481, “… du Camp…”

p. 101 : (nom du 1er Préfet de la Loire nommé à Saint-Etienne) “ … M. Thuillier…” cf. Bourne p. 481 : “…M. Thivillier …”

p. 116 : p. 116 : “… et a détesté l’ancien …” Sans doute : “… et a déserté l’ancien …” (cimetière) Puisqu’on trouve encore votre travail dans le commerce je suggère l’ajout, après vérifications, d’une page d’Errata à coller dans les exemplaires restants. Qu’en pensez-vous ?

Rappelons enfin deux publications sur les mémoires de Jean Baptiste Blanchon

Mémoires de J.B. BLANCHON maire de Chazelles par Bernard GOUJON 

MES SOUVENIRS MEMOIRES D’UN CONTEMPORAIN Jean-Baptiste BLANCHON (1782 – 1860) Maire de Chazelles-sur-Lyon de 1815 à 1830 Transcription à partir d’une copie manuscrite dite “Cahier JUILLET”

Jean-Baptiste BLANCHON, Mes souvenirs, Mémoires d’un contemporain, par MM. Henri Brun et Edouard Crozier

Les annales de Chazelles de 1788 à 1858, Ed. La Diana, 2008, 132 p.

Le site de Saint Denis sur Coise et de l’histoire du moulin liée aux Blanchon