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Albert Guillot, le jeune parisien Louis Audière de souche chazelloise, passionné d’histoire, et moi-même avons visité l’ancien site militaire allemand de « La Mornandière » au niveau du hameau du même nom qui se trouve sur le chemin du Racle après le lieu-dit « La Rouillère ».

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                Albert Guyot et Louis Audière devant la croix de La Mornandière

Louis nous commente cette visite après un travail de reporter et de recherche.

Si le site de « La Quinardière » qui recélait deux radars de détection rapprochée pour analyser le passage des avions par une compagnie du Régiment de détection de la Luftwaffe dirigée par « l’oberlieutnant » Reiff de l’armée allemande au cours de la 2° guerre mondiale, celui de « La Mornandière » est bien moins connu et pourtant il avait une fonction aussi importante avec ses deux radars de détection éloignée qui pouvaient balayer le ciel dans un rayon de près de 200 kilomètres.

Chazelles-sur-Lyon, avec sa base radar « Falter » (le papillon) s’intégrant dans une longue ligne de moyens de détection allant du nord au sud de la France, était devenu depuis 1943 une pièce maitresse dans la surveillance de l’espace aérien lors de l’occupation allemande. « La Mornandière » et « La Quinardière » avaient pour fonction de surveiller le ciel jusqu’à la barrière alpine et une bonne partie de la vallée du Rhône.

Cette structure stratégique implantée dans la capitale du chapeau n’a pas d’explication particulière. On a évoqué pour « La Quinardière » l’existence d’une « zone blanche » avec absence d’ondes électromagnétiques d’origine tellurique mesurable. On attend une preuve scientifique de l’intérêt d’une telle situation pour un radar d’autant que le même phénomène mériterait d’être mesuré à La Mornandière, autre zone d’emplacement de radars pour cette base.

La base de « La Mornandière », partie de la station Falter, a été créée conjointement avec celle de « La Quinardière ». Elles étaient reliées, la première étant une station de veille détectant les aéronefs à distance et transmettant les informations aux radars de surveillance aériennes de la seconde qui calculaient d’une part la position de l’avion à surveiller et donnaient d’autre part ces informations aux éventuels avions de chasse qui étaient dépêchés. C’était la raison de la présence à « La Quinardière » des deux radars Würzburg-Riese de type FuMG65 de chez Telefunken ayant des paraboles de 7 mètres 50 et dont on voit encore les supports : l’un et l’autre assumaient l’une de ces fonctions.

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Sur La Mornandière, située de l’autre côté de la route de Saint Galmier à Chazelles un peu après Bellecroix, à gauche en direction de Viricelles et Maringes sur le chemin du Racle au niveau des fermes Dupré, Chanavat ou Guyot notamment, on trouvait donc les deux radars de veille très puissants sensés repérer à 200 kilomètres à la ronde les engins volants et jusqu’à une hauteur de 6000 mètres environ. Il y avait un radar Freya FuSE 80 et un radar panoramique Jagdschloss pour la défense antiaérienne (source officielle allemande).

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radar Jagdschloss -Wikipedia-

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Radar Freya -Wikipédia=

   Cette base était gardée par une cinquantaine de soldats et radiotechniciens allemands. Le gros du casernement se trouvait à « La Quinardière ».

Ils travaillaient sans inquiéter les habitants des nombreuses fermes alentour et la cohabitation était relativement facile (on connait la réputation très conciliante de leur chef à l’égard de la population chazelloise, selon beaucoup de témoins de l’époque).

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Un soldat allemand au milieu d’enfants du hameau de La Morandière (collection particulière)

Ils avaient cependant réquisitionné une ferme vide à leur arrivée en avril 1943 avant que leurs baraquements ne soient construits en un temps record avec des plaques et cloisons préfabriquées formées de deux parois solides enfermant de la laine de verre : substance isolante inconnue des gens du pays. Le choix de ce lieu pour placer ces engins s’explique très bien quand on arrive sur place. Hormis un bois situé à l’est qui n’avait pas cette hauteur et ce volume à l’époque, on a une vue panoramique à 360°. Les Monts du Lyonnais, de Tarare, du Forez, du Velay et le massif du Pilat n’échappent pas aux yeux. On est à 595 mètres d’altitude au niveau du bas de Chazelles et un peu au dessus de la ferme de Bellecroix. Le lieu est superbe.

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Le panorama à 360° du lieu élevé de La Mornandière (le hameau est au centre du panorama

Des installations anciennes, il ne reste plus rien et on ne trouve pas le moindre indice d’une présence militaire antérieure à la différence du site de « La Quinardière » qui conserve encore de nombreux éléments de construction.

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Vue aérienne du lieu (Géoportail) On distingue un rectangle pouvant avoir été la place d’un socle

 Si l’on regarde cependant la zone sur Geoportail, force est de constater que la vue aérienne de l’endroit laisse supposer la présence antérieure de bâtiments avec des traces probables d’un support important pour un grand radar comme l’était le Freya avec une envergure à 24 mètres. Le terrain a été depuis quelques années rendu à sa vocation agricole et donc largement retourné ce qui explique l’absence d’indices au sol lorsqu’on explore l’endroit à pied.

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Bois et champs cultivés ont remplacé la zone de la base de La Mornandière.

Comme à « La Quinardière », les Allemands sont partis en aout 1944 avant que les troupes alliées n’arrivent. Cela ne les a pas empêché de rencontrer à Saint Martin la Plaine de nombreux résistants venus leur barrer la route. Les combats ont été très rudes avec des morts dans les deux camps. On trouve des plaques commémoratrices de ces batailles dans cette commune, à Chantelézard et sur la route de la Libération.

Avant leur départ, ils avaient fait évacuer les fermes alentour comme à « La Quinardière » pour limiter les risques potentiels de lésions graves pour les habitants car ils avaient dynamité le lieu pour le rendre inutilisable. L’explosion avait d’ailleurs totalement détruit cette base ne laissant que des morceaux de ferrailles tordus et quelques plaques de murs et cloisons. Celles-ci ont d’ailleurs été utilisées très vite après leur départ. Un agriculteur en a utilisé une partie pour confectionner des toilettes extérieures : un luxe dans la ferme avec une valeur largement majorée par le caractère isolant et inconnu du matériau. Des chazellois de l’époque se souviennent encore de ce jour où dès le petit matin, les troupes allemandes étant parties, les habitants ont réintégré leur logement après avoir récupéré différents objets laissés sur place par une troupe pressée de fuir : mandoline, gants de boxe en cuirs et autres souvenirs ont alors trouvé d’autres maitres.

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Objet retrouvés en 08-1944 sur la base de La Morandière évacuée et détruite dans la nuit

Si l’endroit n’est étayé d’aucun souvenir patent, « La Mornandière » reste l’alter ego incontournable de « La Quinardière ». Une même histoire les unit, des souvenirs comparables les animent et pourtant leur situation les oppose. Si la seconde est située dans un trou relatif, la première offre une vue à couper le souffle sur notre belle région. La promenade en vaut la peine.

Il ne faut pas oublier d’aller voir, dans le hameau du même nom, la très belle fresque qui orne le mur d’un bâtiment et rappelle la beauté du travail de l’agriculteur.

 

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 et s’arrêter à la croix du Racle ou de La Mornandière qui a sa petite histoire à retrouver avec le lien.

 

Remerciements à Albert Guyot qui a été témoin de cette époque et conserve de nombreux souvenirs d’enfance. Il nous a guidé dans cette promenade.