Extrait de l’ouvrage que nous a laissé mon beau père Antoine né en 1922 ; il l’avait rédigé dans le cadre d’un atelier d’écriture autobiographique à l’EPHAD de Saint Symphorien Sur Coise.

J’ai commencé à aller à l’école à quatre ans.
Mes parents me réveillaient à sept heures. Je m’habillais, me lavais le bout du nez et prenais parfois un bol de soupe, un bouillon que ma mère faisait en se levant avec une feuille de chou, une carotte. Pas de viande dedans sauf pour le pot-au-feu le dimanche. Il y avait du lard le matin, mais çà, c’était pour le père. On prenait un café au lait et, en route pour l’école.
Je portais une blouse noire et une pèlerine. Tous les enfants portaient la blouse, c’était comme une chemise pour nous. On ne la quittait pas.
Je partais à l’école avec deux voisins. Ils avaient dix ans de plus que moi ; ils finissaient l’école alors que moi je commençais juste.
Ensemble, nous marchions durant une demi-heure. Ce n’était pas loin, mais il fallait le faire… Plus tard, quand j’ai eu 10 ans, c’est moi qui amenais mes sœurs et mes frères à l’école.

En hiver, on marchait sur les congères. On portait toujours des galoches hiver comme été ; on ne les quittait jamais, juste pour dormir. Nous n’avions pas de gants non plus, alors tant pis pour les doigts et bonjour les engelures.

La classe commençait à 8heures. Il y avait d’abord la prière du matin. J’ai appris à lire, à écrire et à compter : l’essentiel.
À midi, c’était le déjeuner chez les sœurs. Dans le panier que maman m’avait préparé, il y avait du saucisson, du pain, du fromage et parfois un petit pâté aux pommes.

Dans la cour de l’école, nous jouions au gendarme et au voleur, à cache-cache et l’été aux billes car quand il fait froid on ne sent plus ses doigts. Les billes étaient en pierre ou en verre de toutes les couleurs.
Il y avait aussi le jeu de la Banque connu aussi sous le nom de la marelle. Avec un bout de bois nous dessinions des carrés sur le sol ; il y avait un circuit à faire comme pour le jeu de l’oie mais en plus grand § Il s’agissait ensuite de pousser d’un pied une pierre ou un bout de bois jusqu’au « ciel ».
Nous jouions aussi à saute-mouton pour nous réchauffer. C’était notre jeu favori en hiver !

Il y avait aussi les punitions. Quand on est jeune on est polisson !
« Je ne dois pas parler en classe… ». Que l’on se fasse prendre à parler ou à faire quelque chose d’interdit, on nous donnait toujours des lignes qui commençaient toujours par « Je ne dois pas… 

« Cinquante lignes, cent lignes ou plus… Je ne peux pas compter le nombre de fois où j’ai eu des lignes. Je les faisais pendant les récréations.

En rentrant de l’école, il fallait lâcher les vaches. On les amenait boire « au bachas ». Puis on aidait les parents ; il y avait du bois à couper et d’autres tâches domestiques. Venait enfin le moment de souper. Après tout ça, il n’était pas facile de faire ses devoirs.

J’avais une douzaine d’année quand j’ai dû quitter l’école pour aider mes parents à la ferme. A 15 ans, j’ai été placé comme valet de ferme. Je devais aider le patron et la patronne dans les taches agricoles et domestiques. J’étais gagé à l’année et mes parents recevaient de l’argent pour cela. Un gage se faisait à l’année. On rentrait à la ferme après le jour de l’an. On avait une seule semaine de vacances entre Noël et le jour de l’an. On était nourri, logé et blanchi toute l’année.

À vrai dire, je n’aimais pas l’école. Comme je devais aider mes parents à la ferme, ma rentrée s’effectuait après les autres et dès début Avril, je n’allais plus à l’école puisqu’il y avait les patates à planter. En fait j’allais à l’école quand il neigeait et quand il n’y avait pas de travaux aux champs.

En fait, moi, j’allais à l’école pour me reposer. Je faisais « ouf ! » quand je m’asseyais sur le banc de la classe.