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Petit historique.

Avant la Révolution française des Sociétés d’Agriculture permettaient aux plus érudits de se regrouper pour échanger les idées. La nature et Jean-Jacques Rousseau avaient placé l’agriculture au centre des discussions et Louis XVI avait même créé un grand prix agricole pour les exploitants situés autour de Paris. Cette manifestation a été abolie par la Terreur en 1793. C’est le duc Decazes, ministre de l’Intérieur de Louis XVIII, qui en 1819 préconise de créer à nouveau des Assemblées agricoles sur le mode anglais (tout ce qui vient de ce pays est la référence car le blocus instauré par Napoléon constamment en guerre n’avait pas empêché cette nation d’avancer à grands pas (vapeur, acier, chemin de fer…)¹. S’en suit une période où l’agriculture, poussée par de nombreux propriétaires terriens, s’engage sur la voie de la performance et de la productivité. Dès 1830, sous le règne de Louis-Philippe des «concours de charrues» sont organisés et l’on crée des inspecteurs Généraux de l’agriculture. Le 31 mai 1833, le règlement destiné à créer les comices agricoles est promulgué et la Nièvre organise la 1° manifestation avec André Dupin, député à Clamecy et président de la Chambre des députés sous Louis-Philippe qui favorise la création d’un Comice d’arrondissement de cette ville nivernaise. Il se doit «d’instaurer de fréquents et intimes rapports entre les propriétaires et les cultivateurs et dans le même temps, de stimuler le rôle de tous ceux qui se livraient à l’agriculture et à l’élevage, en encourageant et en propageant le perfectionnement des instruments aratoires et les meilleures méthodes d’assolement, de mettre en commun et répandre le plus possible les connaissances acquises sur l’amélioration des races de bestiaux au moyen d’un croisement bien combiné». La race bovine charolaise nait en 1839 ! La Seconde République puis le Second Empire vont concrétiser ces habitudes prises par  les travailleurs de la terre qui conduisent leurs productions: veaux, vaches, cochons…, au chef-lieu de canton pour les exposer devant des citadins qui en font un grand jour de fête repris et amplifié sous la 3° République.

Les premiers comices de Chazelles.

Ils remontent à 1886 (voir documents) et sont instaurés à la demande de Eugène Provot, alors maire depuis 1884, sur décision du Préfet de la Loire, le 31 juillet de cette année-là. Les dernières manifestations purement locales se feront en 1938. Elles reprendront sous une autre forme en 1960 après la création des comices des « Quatre Cantons » regroupant Saint-Symphorien, Chazelles, Saint-Laurent de Chamousset et Saint Galmier

 Lettre de création et Statuts

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Arrêté du préfet de la Loire et couverture des Statuts du Comice de Chazelles

 

Les statuts ont été déposés et approuvés le même jour. La première manifestation se déroule en Septembre de la même année. L’Association reçoit 300 francs de subventions du Conseil Général du département. Les comices  s’inscrivent les années suivantes jusqu’en 1936 au palmarès des grandes fêtes agricoles régionales devenant, avec ceux de Feurs, une référence dans la Loire au même titre que la manifestation de la  Société d’horticulture de Montbrison, branche de la Société d’agriculture de Montbrison, pour la Saint Fiacre.

La première manifestation

Le dimanche 26 septembre 1886, les agriculteurs, jardiniers et horticulteurs d’Aveizieux, Bellegarde, Chatelus, Chazelles, Chevrières, Grammont, Mariges et Saint Denis sur Coise  exposent leurs productions sur la place Poterne, le Boulevard du Nord et du Midi². Ils ont monté leur plus beau bétail, leurs plus belles volailles et lapins, leurs plus belles plantes, graines et tubercules et les offrent aux yeux des visiteurs. Les fabricants de matériel agricole sont aussi là. On a aussi organisé un concours de labourage avec les meilleures charrues, les meilleurs bœufs et les meilleurs ouvriers formant équipe. Enfin c’est l’occasion de nommer les meilleurs valets et servantes de fermes qui sont présentés par leurs maitres avec leurs références (*) (ils deviennent « serviteurs des deux sexes » à partir de 1900 !).

Il y a lieu aussi de faire une grande fête populaire avec kermesse, lâcher de pigeons voyageurs et feu d’artifice place des Portes, «au Fond de Ville».

Les résultats du 1° concours de 1886 consacrent respectivement le domaine, le jardin et la vigne les mieux cultivés, le meilleur attelage de bœufs, de vaches pour le labourage, les meilleures graines alimentaires, les plus belles pommes de terre, les meilleurs fruits, les plus belles fleurs. Les bêtes domestiques sont médaillées : bovins, ovins, porcins, chevaux, volailles, lapins et pigeons. Il en est de même pour les machines agricoles. Enfin valets et servantes sont honorés comme signalé plus haut. L’ensemble des prix est donné par des juges commissaires nommés précédemment par le Comice réuni et regroupant notamment les maires des communes concernées mais aussi des professionnels et notables.

 Nous vous proposons comme exemple la liste des résultats des comices de 1895 soit quelques années plus tard.

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Résultats du concours des Comices Agricoles de 1895

Les années se suivent et se ressemblent, le comice se réunit régulièrement, sa tache essentielle étant de trouver de l’argent pour organiser la réunion annuelle et acheter les médailles. Ainsi tous les moyens sont bons. C’est l’occasion de rappeler que Pierre Waldeck-Rousseau, instigateur notamment de la loi de 1901 sur les Associations, a été sénateur de la Loire, président du Conseil de la III° République, Ministre de l’Intérieur et des Cultes. Il est sollicité en 1900 par le maire de Chazelles de l’époque, Jean Marie Fayolle, pour un don « quelconque» en faveur du Comice.

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Courrier de demande de don adressé à Pierre Waldeck-Rousseau en 1900

D’autres articles suivront sur ces fêtes agricoles qui ont marqué Chazelles, ville d’industrie mais aussi gros canton agricole de la Loire.

 
 
 (*)  Ils sont généralement récompensés par une somme versée sur un livret d’Epargne et recoivent, avec une médaille pour bons et loyaux services, les félicitations du président du jury sous une forme orale probablement très proche de ces discours entendus à l’époque (on appréciera !) .Au valet : « Dupont, recevez ce livret de 20 francs et cette médaille d’argent. Si pendant vos 51 ans de services non interrompus, vous avez vu s’éteindre plusieurs générations de vos bons et vertueux maîtres , si récemment encore vous avez eu la douleur de perdre votre dernière et brave maîtresse, soyez assuré que vous trouverez dans son petit-fils quelqu’un qui saura apprécier tout ce que vous valez ». A la servante : « Mademoiselle, la Société se plaît à rappeler la médaille de bronze et le livret de 15 fr. qui vous ont été décernés il y a 2 ans après 28 ans  de service. Sous vos yeux, nous venons d’accorder à d’autres beaucoup de récompenses du même genre et pour les mêmes motifs ; persévérez dans la bonne voie où vous êtes entrée, et ne doutez pas de l’intérêt avec lequel nous vous y suivrons et du plaisir que nous aurons à vous voir devenir encore l’objet de nouvelles distinctions.»
 
1-L’origine des comices agricoles en France. 

2 -n°3 Groupe de recherches Archéologiques et historiques de Chazelles sur Lyon 1981-82

Le groupement des 4 cantons