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Jean Chavagneux vous a dernièrement raconté que, Saint Jacques et son chapeau ayant disparu il y a près de 50 ans de l’église de Chazelles où il avait trouvé depuis très longtemps un gite, la fabrication des feutres avait progressivement décliné comme si le saint patron des Chapeliers n’avait pas accepté d’être délogé, mis au rebus puis vendu par les autorités religieuses sans la moindre réaction d’une population qui vivait à l’époque en grande partie des recettes générées par le chapeau.

Il est un fait: c’est à partir de 1965 que les grosses difficultés se sont accumulées avec la fermeture progressive et définitive de la plupart des usines.  À la fin de cette année-là, il ne restait que six fabriques. Quatre se regroupaient alors en 1966 pour former la « Société Industrielle de Chapellerie » comprenant les usines Fléchet, France, Morreton et Beyron. Ce consortium déposait pourtant le bilan dix ans plus tard en 1976 ne laissant  à Chazelles que la maison  Ecuyer-Thomas qui fermait à son tour en 1993.

La lecture de cette nouvelle retraçant une vieille tradition religieuse chazelloise accompagnée de commentaires et supputations sur le pouvoir de Saint Jacques nous suggère d’envisager d’autres raisons pour ce désastre industriel. En effet et pour nous, la sainteté rend universels et ubiquitaires les bienfaits que peuvent apporter ceux qui sont ainsi qualifiés.

D’autres raisons sont, bien sûr, à l’origine de la disparition progressive du chapeau. Certaines méritent d’être énoncées avec toute la subjectivité qu’elles comportent. Avec autant de force que la suggestion précédente, certains avancent que la 4 CV Renault (1946)  avec son « plafond » bas est responsables des dégâts dans l’industrie du chapeau chez l’homme en particulier.

D’autres accusent Brigitte Bardot, précurseur-instigatrice de la mode « yéyé » cheveux au vent, l’ambassadrice des décapotables « Floride » et « Caravelle » de la même marque, d’avoir fait disparaitre cet accessoire chez la femme. Une chose est sure : l’abandon de ce «vêtement» est un phénomène général en France, touchant tous les couvre-chefs (on abandonne aussi le béret ou la casquette), mais aussi  occidental car il se manifeste aussi bien en Angleterre qu’aux États-Unis notamment. La démocratisation de la voiture avec un « toit » roulant est surement un des facteurs de la disparition du chapeau.

Autant de raisons, et d’autres encore certainement, qui font que Saint Jacques n’a rien à voir dans cette histoire.

D’ailleurs nous nous sommes rendus à l’église de Chazelles pour voir s’il ne restait pas encore quelques traces de notre saint, ce qui confirmerait l’affirmation précédente. On retrouve évidemment le beau vitrail situé dans une ancienne chapelle latérale en montant au Chœur en haut à gauche « du côté de l’Évangile » et juste avant la sortie latérale sur la Rue du Chanoine Planchet. Toujours en place et très lumineux, vous en avez une reproduction dans l’article « Le chapeau de Saint-Jacques ».

En dehors de cela, nous ne nous attendions pas à trouver grand-chose de plus puisque les restes du saint ont disparu en 1966.

Nous avions lu au préalable le travail remarquable de Maurice de Boissieu*, édité en 1903, faisant suite à une excursion archéologique de la Diana à cette époque. Cet éminent président de la Diana de 1919 à 1928 qui fait encore référence en matière historique et patrimoniale ne mentionne jamais la présence de Saint Jacques  dans l’église. Cela corrobore donc les dires de Jean Chassagneux qui fait remonter la tradition à 1909, date de la création de sa confrérie à Chazelles.

Le livre fait un inventaire exhaustif des caractéristiques architecturales de l’église en mentionnant précisément l’emplacement des différents écus, têtes et ornements divers répartis dans les trois nefs, le chœur et les voutes. Il qualifie globalement tout cela  des pièces peu héraldiques, illisibles et probablement dues à la fantaisie d’un décorateur moderne en dehors des armes « dites » de Blanchefort (Guy est commandeur en 1491) et de Boczorel de Montgontier (Jean-Baptiste-Louis est commandeur en 1723) qui leur sont attribuées par « notoriété » mais dont il pense qu’elles pourraient être pour la première, celle de la famille du Verney, (Antoine du Verney est commandeur en 1402) et pour la seconde moins probablement celle de Pons de la Porte (il est commandeur en 1588). On rappelle que les deux arcades gothiques à ogive qui les supportent sont datées du XV° siècle. On précise enfin qu’à la date de cet inventaire l’ensemble des murs, voutes et ogives était recouvert d’un enduit, opération qualifiée par l’auteur « d’heureuse restauration ».

Aujourd’hui l’église, restaurée en 1966, présente une armature en pierre débarrassée de tout revêtement, ce qui a fait disparaitre les peintures sur les écus et armoiries plus haut citées mais a révélé de nombreuses figures sculptées qui étaient probablement enfouies sous le plâtre. Beaucoup sont abimées et cassées. Cela est probablement dû aux méfaits de la Révolution, dont on sait que ses armées ont été très actives à Chazelles. Tout de l’église aurait été brulé sur la place en 1791. Quelques statues et reliques auraient été cependant sauvées par des habitants dont une vierge en bois qui existe toujours et a été restaurée il y a quelques années. 

Parmi toutes ces sculptures nous avons eu la surprise de retrouver trace de notre Saint Jacques qui, s’il n’est pas le Mineur, est surement le Majeur puisqu’il se manifeste sous forme d’une coquille à la place des membres inférieurs d’un notable aux cheveux longs vêtu d’une veste à boutons, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement de notre saint taillé librement dans la pierre selon l’inspiration de l’ouvrier de l’époque. Peu importe: la coquille fait signature. Nous pouvons en conclure que Saint Jacques est toujours dans l’église.

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coquille « abdominale » de Saint Jacques sur personnage vétu

En poursuivant notre enquête nous avons aussi mis à jour le chapeau. Ce n’est pas n’importe lequel puisqu’il remonte très certainement aux premières années de construction de l’église en se trouvant à la base d’une ogive de la première nef  « côté épitre » ou chateau,  au sud. Chazelles avait donc depuis le XIV° siècle son « feutre » bien en place, soutenant une partie de la voute. Faut-il y voir un signe prémonitoire de la future industrie locale ?  Sa forme est très surprenante, presque moderne avec ses bords très marqués, bien relevés. On peut aisément dire qu’il s’agit là encore d’une représentation de Saint Jacques. Très peu de sculptures religieuses à représentation humaine comportant un chapeau à bord relevé ne font pas référence à Saint Jacques, lequel se signe par contre ainsi dans chacun de ses représentations médiévales. Nous n’en dirons pas plus. Il faudrait une expertise et des compétences plus poussées pour cela.

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Notre but est atteint : Saint Jacques est bien encore dans l’église de Chazelles qui conserve bien d’autres merveilleuses surprises que nous vous montrerons ultérieurement.

*Notices historiques sur Saint-Médard, Chevrières, Chazelles-sur-Lyon. Maurice de Boissieu. 1903