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Le nom officiel de la Fête-Dieu dans l’Église catholique, est aujourd’hui la « Solennité du corps et du sang du Christ ». Elle vient normalement le 60° jour après Pâques. C’est toujours un jeudi qui n’est plus férié depuis le Concordat en 1802. Cette fête est donc déplacée au 1° dimanche qui suit. En 2018, c’était le 31 mai mais elle se situe très souvent en juin. Le nom de Fête-Dieu n’existe qu’en français et est né après l’hérésie de Béranger de Tours au XIIe siècle et  la vision d’une religieuse belge sainte Julienne de Cornillon : le disque lunaire lui apparait échancré, incomplet, comme divisé en deux par une bande noire. Le sens de cette apparition énigmatique lui est dévoilé dans la prière: la lune symbolise l’Église sur terre et la fraction manquante figure l’absence d’une fête totalement dédiée au Corps et au Sang du Christ. Urbain IV a ainsi institué cette fête en 1264 avec une bulle pontificale. Puis le  pape Jean XXII, en 1318, a imposé une procession pour la Fête-Dieu : on y porte l’Eucharistie. A cet effet on invente l’ostensoir pour porter l’hostie consacrée ainsi exposée pour une adoration des fidèles. Cette tradition se perpétue encore en Italie (l’Infiorata) mais aussi en Bretagne à Ouessant ou en Alsace à Geispolsheim. À Fribourg, en Suisse, c’est une très grande fête qui associe autorités civiles et religieuses depuis 1653. La messe est dite en ornement blanc, souvent choisie pour les premières communions. Aujourd’hui, la procession a presque complètement disparu.

Autrefois, le prêtre portait cet ostensoir au milieu des rues richement pavoisées de draperies et de guirlandes. Il était vêtu de ses plus beaux ornements blancs et arpentait les rues et les places de sa paroisse sous un dais qui l’abritait du soleil ou de la pluie et porté par quatre hommes. Le cortège des fidèles les suivait, au rythme du Lauda Sion, un  chant de Saint Thomas d’Aquin. Les petits enfants ouvraient la marche avec des petits paniers remplis de pétales de fleurs dont ils tapissent le sol avant le passage du prêtre. La procession était ponctuée d’un ou de plusieurs arrêts devant des reposoirs couverts de fleurs. L’ensemble de la procession allait de stations en stations en marchant sur un tapis de pétales de fleurs.   

Voici les souvenirs d’une chazelloise, presque centenaire, qui a connu ces processions qui se déroulaient au stade Jeanne d’Arc, le terrain de la Maison d’Oeuvre paroissiale, depuis l’interdiction en 1905 des manifestations religieuses sur le voie publique.

« Il me semble que mes souvenirs datent d’à partir 1927/28. A ce moment-là, ma grand-mère, née Claudia Champier, veuve de Mathieu Berne cueillait toutes les roses du jardin pour la cérémonie de la Fête-Dieu. Sans doute, un peu auparavant, en 1926, ma mère, née Néomie Marcoux, épouse de Victor Berne, qui faisait partie de l’ouvroir où on confectionnait quelques ornements d’église, avait brodé sur une « chape »vêtement que portait les prêtres pour les cérémonies, une colombe aux ailes déployées qui représentait le Saint Esprit.

Je me souviens d’une corbeille rectangulaire garnie de napperons blancs, brodés et dentelés, à laquelle on attachait aux deux côtés un ruban de satin bleu-ciel qui formait une bride que l’on passait autour du cou pour la porter. On la remplissait avec les pétales des roses fraichement coupées. C’était un enchantement d’odeurs. Arrivées au terrain de la Vaillante, au stade Jeanne d’Arc, on nous installait par 3 ou 4 en rang de procession devant le dais, sorte de baldaquin soutenu par 4 hommes, couvert et entouré d’une bande de velours rouge brodée d’or. Le prêtre se tenait sous le dais, portant dans ses mains entourées d’une large étole de satin blanc, brodée aussi de fils d’or. Il présentait l’ostensoir à l’adoration des fidèles massés tout autour du stade. Cet instrument religieux brillant d’or contenait dans une petite cavité vitrée l’hostie du Saint-Sacrement. La procession se déroulait tout autour du terrain accompagnée des chants liturgiques en latin et chantés par les hommes de la Chorale paroissiale, repris en chœur par l’assistance. Je me souviens surtout d’un chantre : le père Villard, surnommé le « Saint-Père », (père d’Eugène Villard) qui habitait dans la maison occupée actuellement par Henri Moulin. Il dominait avec sa voix chaude et vibrante.

20 ans plus tard, j’ai revécu ces moments avec la préparation et la participation de mes enfants à cette fête qui était un émerveillement à la fois avec les odeurs de cette abondance de roses parfumées et la solennité de la cérémonie avec la beauté des chants qui exprimaient la foi des fidèles présents. »

 

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L’Infiorata à Venise. C’est un tableau du peintre Luigi Passini (Vienne, 1832 † Venise, 1903), signé & daté de 1873-74.

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La Fête-Dieu à Ouessant (© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/finistere/ile-douessant/fete-dieu-belle-mobilisation-dimanche-21-06-2017-11565767.php#VjRQZc6ffLCRWMYS.99)  https://goo.gl/images/jQq2Li

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Une procession avec dais au stade et maison d’oeuvre Jeanne d’Arc, route de Saint-Galmier, en 1943.