Naitre Farlot, c’est être assuré de ne pas manquer d’idées… sous le chapeau! Notre ami Jean-Paul Ravachol qui nous régale avec ses peintures et notamment ses aquarelles pleines de sensiblité et de nuances, s’est transformé en candidat du concours Lépine*, non Lapine, et nous a inventé, peint et expliqué par le détail sa nouvelle machine à faire les chapeaux et les terrines à partir d’un léporidé. On peut très bien envisager la mise en place de cette production sur la zone industrielle de Montfuron qui dispose de la qualité paysagère propre à tranquiliser les petits animaux domestiques qui alimentent cet engin cuniculo-capelaire.

On atteint là un sommet dans l’art de décomposer les gestes de l’illusioniste  classique qui habituellement d’un chapeau ou d’une casserole vous sort un ou deux lapins sans qu’il s’agisse, bien sûr, d’une histoire marseillaise, généralement concentrée dans cette région sur la sardine, mais tout simplement d’un tour de main. En atteste cette superbe vidéo  tirée de l’oeuvre cinématographique des frères Lumière et mise en ligne sur un très beau site dont le lien est attaché à l’image ci-dessous: 

119

Tout devient simple avec la machine ci-dessous qui forme une très belle aquarelle car avant d’être prestidigitateur ou chapelier et préparateur en viandes, Jean Paul Ravachol est peintre de talent.

Le rationnel domine: tout est mécanique. On est assuré de la qualité d’un chapeau assurément en vrai feutre de poil à la manière de Chazelles et d’une terrine certainement sans os (l’os de lapin peut être nuisible pour la paroi digestive: on l’évite même chez le chien ou le chat!).

L’aquarelle.

reprise

La description détaillée et le mode de fonctionnement de la machine. 

(tels que decrits par son inventeur)

« Procédons à une rapide, mais nécessaire, présentation technique de ma machine à fabriquer des chapeaux.

L’idée première c’est d’utiliser le lapin entier, pas seulement le poil, d’où cette machine en 2 parties. La partie principale traite le poil et la partie secondaire prend en charge le reste du charmant rongeur. A noter que ce sont des lapins nés et élevés dans la campagne chazelloise, une race sélectionnée, le Farlot à poil brun et peau rose, bruyant, bourru mais discipliné et facile à tondre. Son principal défaut est sa soif insatiable.

Un effort a été fait sur la décoration de la machine, ambiance nature.

1-Partie principale 

La machine a bien sûr besoin de vapeur mais l’ouvrier n’a plus aucun contact avec la chaleur, toutes les opérations sont mécanisées. Thermomètres et manomètres permettent de contrôler températures et pressions. Un compteur journalier contrôle la production journalière. Les transmissions sont assurées par des moteurs électriques, réducteurs, renvois d’angles, poulies et courroies. 

Mode opératoire: Le lapin est présenté à l’entrée de la machine, posé sur le tapis roulant par un opérateur. En début de cycle le lapin est tondu, puis évacué sur un tapis roulant pour rejoindre la partie secondaire de la machine: le module cuisine. Le poil est ensuite soufflé, nettoyé, puis le bastissage donne naissance au cône de feutre. Les opérations de semoussage et foulage se succèdent pour donner la forme et la texture finales de la cloche de feutre. Teinture, appropriage, bichonnage, garnissage et voici notre chapeau terminé. Il est évacué par un deuxième opérateur.

Un module complémentaire d’emballage peut être accolé à la machine.

Des réglages simples permettent les changements de couleur et de forme des chapeaux.

2-Partie secondaire 

C’est ici le coin cuisine. Le lapin après avoir été étourdi est proprement saigné, écorché et désossé.  Adjonction des aromates, mise en bocaux, cuisson/stérilisation et étiquetage, les terrines sont alors évacuées sur un tapis roulant.

3-Entretien

Un entretien régulier de la machine est nécessaire mais réduit au strict minimum. Nettoyage, dépoussiérage et renouvellement des consommables, lames de tondeuses, rubans, galons fils et teintures. Remplissage régulier des contenants sel et aromates, bocaux et couvercles. »

machine-plan1

 

Avis de PHIAAC

A n’en pas douter cette machine ou du moins sa représentation devraient rapidement faire l’objet d’une présentation murale à l’Atelier-Musée du Chapeau .

On ne compte par contre pas trop sur une démonstration: tout est dans l’imaginaire coloré de l’artiste. Un chose est sûre: très près de la palette des couleurs de Van Gogh qu’il connait et admire,  Jean-Paul  sait aussi comment fabriquer chapeaux et conserves.

  • Cet homme n’est pas un inconnu dans notre région. Louis Lépine est lyonnais. Il étudiera le droit à La Sorbonne à Paris juste avant la guerre de 1870 où il s’illustre comme soldat.  Il devient avocat après ce conflit puis entame une carrière préfectorale :  sous-prefet à Lapalisse,  Montbrison… puis préfet de l’Indre, de la Loire et de Seine-et-Oise. Il devient célèbre quand, en poste dans la Loire, il descend au fond de la mine à Saint-Etienne pour tenter de sauver des mineurs victimes d’un coup de grisou en 1891 qui a fait 62 morts. Préfet de police de la Seine en 1893, il crée le service central de collecte des objets trouvés. De 1897 à 1899, il est Gouverneur général de l’Algérie et revient sur Paris comme préfet de police de la Seine. En 1901, pour lutter contre la crise qui touche les petits fabricants parisiens de jouets et de quincaillerie, il crée un concours-exposition qui deviendra plus tard le concours Lépine. Une de ses filles épousera un frère d’Emile Reymond (ce dernier est médecin, aviateur et senateur de la Loire), tous deux fils de Francisque Reymond lui aussi député puis sénateur de la Loire.