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Le royaume sous Charles VII

Pourquoi parler du milanais Galeazzo-Maria (Galéas-Marie) Sforza en ce mois d’octobre 2015 ? Il y a forcément une raison en rapport avec « Chazelles et ses environs » comme ce site vous y a petit-à-petit habitué. Vous allez le découvrir un peu plus tard. Présentons les acteurs.

Galéazzo-Maria Sforza

En attendant, occupons-nous de sa vie. Il est né à Termo en 1444. C’est le fils de Francesco Sforza et de Blanche Visconti, fille de Philippe Blanche Marie Visconti, duc de Milan jusqu’à sa mort en 1450. Seule héritière du duc, c’est François son mari qui prend en main les destinées du duché de Milan qui couvre à l’époque la Lombardie avec Milan et Pavie. C’est un allié fidèle de Louis XI (6° roi de la branche des Valois) qui règne sur une nouvelle ébauche du Royaume de France. Il lui a donné Gênes en 1463. C’est l’homme le plus puissant de la péninsule italienne à cette époque. Il fait rentrer Milan sans la Renaissance. Il meurt en 1466.

Cette année-là, Galéas, âgé de 22 ans, est désigné parmi les cinq fils de Francesco, pour remplacer le défunt père. Plus tard, il épouse Bonne de Savoie, la sœur de Charlotte: femme de Louis XI, Ce dernier pousse notre homme à s’emparer de Verceil (entre Milan et Turin), aux dépens du duc de Savoie : son beau-frère, mais en vain. Une alliance de la Savoie avec Venise fait vite lâcher Galéas. Soupçonné ensuite d’avoir empoisonné et tué en 1468 sa mère : Blanche, il s’attire la haine du peuple d’autant qu’il l’accable d’impôts en tous genres. En 1476, il est assassiné par ses courtisans dans la basilique Saint-Etienne à Milan. IL laisse un fils qui n’a que 8 ans et lui succède : Jean. Ce dernier est vite accompagné par un tuteur, son oncle Ludovic Sforza.

Louis XI

louis

Fils de Charles VII et de Marie d’Anjou il est né en 1423. A 13 ans, il épouse Marguerite Stuart. En 1440 il participe à la Praguerie, révolte des grands contre son père Charles VII qui finalement l’exile dans le Dauphiné en 1446, un an après la mort de son épouse. Cinq ans plus tard  il épouse Charlotte de Savoie contre l’avis de Charles VII, dont il aura trois enfants : Anne de Beaujeu, Jeanne de France et le futur roi de France Charles VIII. En 1456, toujours en conflit avec son père, ce dernier envahit le Dauphiné et  Louis se réfugie à la cour de Bourgogne. Charles VII meurt en 1461 et son fils lui succède. Commence pour lui une tentative de regroupement des comtés pour un meilleur pouvoir central dans le but de mieux prélever l’impôt notamment. En 1461, il retire à Jean II, duc de Bourbon, qui règne sur le Forez, le gouvernement de la Guyenne et sa pension. D’autres grands nobles sont également victimes de mesures vexatoires. En 1463, il intègre au royaume de France le Roussillon et la Cerdagne, rachète Abbeville, Amiens et Saint-Quentin au duc de Bourgogne.

C’en est trop de cette politique de Louis XI qui veut briser la volonté d’indépendance des comtés. Une ligue du Bien public, révolte féodale contre l’autorité royale, se crée en 1464 autour de Charles le Téméraire, comte de Charolais, fils de Philippe le Bon et emmenant avec elle le duc de Bourbon, de Bretagne, de Lorraine et bien d’autres seigneurs encore. Cette haute noblesse rejette les décisions royales qui réduisent leurs prérogatives obligeant Louis XI à entrer en guerre en mars 1465. La coalition veut en effet  installer à sa place un régent, son frère Charles de France, le duc de Berry. Les armées royales envahissent le Bourbonnais.

Au cours de la guerre du Bien public.

guerrePour attaquer Louis XI s’est entouré d’alliés fidèles dont le duc de Milan qui envoie un contingent de quelques milliers de soldats lombards et milanais sous les ordres de son fils Galéazzo Sforza aidé de commandants aguerris . Il peut compter aussi sur .Gaston de Grailly avec 30.000 hommes. L’invasion du Bourbonnais commence en mai et dure jusqu’à la mi-juillet. Les troupes milanaises ont traversé le Dauphiné pour rejoindre Louis XI. Le roi et ses alliés prennent St Amand-Montrond et Montluçon en mai, St Pourçain, Verneuil, Escurolles, Gannat, Billy, Moulins résiste. Dans le même temps les Bourguignons et les Bretons se lancent vers Paris, ce qui oblige Louis XI à lâcher en aout le centre de la France pour remonter par Orléans sur Paris en laissant sur place les milanais de Sforza, jeune homme qu’il a d’ailleurs intronisé lieutenant général du Dauphiné. C’est en retournant dans le Dauphiné que ces troupes étrangères s’arrêtent dans le Forez, région détenue par Jean II, duc de Bourbon, un opposant à Louis XI. Sforza attaque différents châteaux  en y mettant le siège. Dans la région on note sa présence dès le début aout à Montrond, à Chazelles, à Larajasse, à Riverie, à Châtellus ou Fontanès. Mais on le trouve aussi à Lyon sous le château Pierre Scize dont il finit par s’emparer ou à Virieu qu’il finit par délaisser ou Malleval.  Chacune de ces localités se souvient du passage des milanais à cette époque mais avec beaucoup d’imprécisions dans les dates exactes. Il est sûr cependant qu’il a laissé des traces tenaces.

Cette campagne forezienne se poursuivra jusqu’en octobre 1465. Le 5 de ce mois-là, Louis XI signe avec ses adversaires la paix de Conflans en rassurant tout le monde, en proposant tout à tous pour terminer un conflit dont la fin ne peut visiblement pas se faire par sa victoire totale. À Chazelles, Sforza et ses troupes lèvent le 14 octobre 1465 le siège de la ville qui dure depuis quelques semaines.

550 ans plus tard, il paraissait intéressant de rappeler cet épisode de l’histoire de Chazelles relaté dans le livre d’Hyppolyte Bourne mais avec quelques imprécisions dans les dates puisque l’on y parle de l’année 1476. Cependant il est amusant de relire le livre qui relate une histoire rocambolesque de poudre à canon qui aurait sauvé Chazelles de l’invasion milanaise.

La paix de Chazelles a bien eu lieu il y a 550 ans aujourd’hui.

L’histoire des Milanais  dans la région ne s’arrête peut-être pas là, puisque le duc de Bourbon (un ligué: Jean II, comte du Forez) serait alors parti à leurs trousses avec son armée, après leur départ, passe par Chevrières pour détruire le village de Louis I Mitte (fervent défenseur de Louis XI et un de ses généraux) avec un acharnement aussi tenace que le lien qui unissait les deux Louis. Puis rattrapant ces mercenaires, Jean II  leur aurait infligé une sévère défaite à Saint-Genest-Malifaux au pied du Mont Pilat. Il existe encore dans cette localité un lieu-dit: le cimetière des Lombards.

PS : Pardon à beaucoup plus érudits que moi si l’ordre de passage des armées de Sforza n’est pas tout à fait respecté. Des siècles plus tard, beaucoup d’interrogations persistent sur cette période de l’histoire mais certains passionnés se font un devoir de tenter d’y répondre. Si quelqu’un d’entre vous a des renseignements sur le passage des milanais dans le Forez, qu’il nous contacte : phiaac42140@gmail.com.

Bibliographie succinte.

  1. -Bulletin de La Diana.   V-8. 10-12/1890
  2. -Hyppolyte Bourne. Histoire de la Ville et de la Commanderie de Chazelles-sur-Lyon. 1912.
  3. -M. Vachez. Academie des Sciences Arts et belles lettres de Lyon: 9 juillet 1907. 
  4. – B. de Mandrot. Mémoires de Philippe de Commynes (1464-1477). 1901.
  5. -Abbé Charles Signerin. Histoire de Chevrières. 1894.