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Situation

Grammond est une commune attachée au bord d’une crête des Monts du Lyonnais formée par un versant sur le bassin de la Coise et l’autre sur le bassin de l’Onzon (qui descend sur le Gier). Le village glisse sur le premier versant depuis 890 m., son point le plus haut, jusqu’a 550 m., l’église se trouvant à 765 m. au milieu de la commune. Les hivers y sont rigoureux, avec des températures généralement négatives avec une neige souvent abondante. On compte environ 850 Grammoniots ou Grammoniottes.

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Depuis un sommet de la commune, à Fontfroide, on peut voir un magnifique panorama sur les Monts du Forez mais aussi les Monts du Lyonnais et le massif du Pilat. Sur son territoire on trouve les sources de l’Arbiche, du Bilaize et pas très loin celles de la Gimond et du Couzon. Les villages de Marcenod, Saint Christo-en-Jarez, Fontanès, La Gimond, Chevrières, Saint Denis-sur-Coise et Châtelus forment une véritable ceinture de clochers autour de cette bourgade située dans le département de la Loire, rattachée à la communauté de communes de Forez en Lyonnais, dans le canton de Feurs après qu’elle ait été rattachée auparavant à Chazelles sur Lyon.

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C’est un petit village de moyenne montagne tourné sur l’agriculture avec 23 exploitations notamment orientées vers la production de lait. Il y a aussi de nombreuses fermes qui ont choisi d’autres spécialités et pratiquent la vente en direct. C’est le cas notamment de Louis Guy Ladreyt qui produit des groseilles, framboises ou myrtilles qu’il transforme aussi en confitures, sorbets et conserves, d’André Bouchut au Villard qui produit des champignons ou du Gaec de Malleval spécialisé en horticulture. L’industrie du bois y est fortement représentée, notamment avec l’ancienne mais toujours moderne entreprise Villard, de même que la passementerie avec l’ancienne usine Descours reprise par la célèbre et ancestrale maison Neyret dont les origines stéphanoises remontent au 19° siècle avec notamment Jean Neyret, patron textile mais aussi maire de Saint-Eienne : le célèbre Jean la Lampe, électrométallurgiste à Riouperoux, promoteur des frères Pathé, cinéastes, avec bien d’autres activités encore. La commune dispose aussi d’une vingtaine d’artisans et commerçants dont salaisons Grataloup.

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Archéologie

La commune a une particularité archéologique certaine, puisque c’est sur son territoire que l’on a pu répertorier au 19° siècle la « trouvaille de Grammond », enregistrée sous le nom de « Chazelles » au musée d’histoire naturelle de Lyon. Il s’agit d’une lance et d’autres objets en bronze. La première pièce est très particulière, probablement d’origine britannique en raison de sa forme: elle possède des œillets à sa base: une signature de son origine géographique pour les spécialistes de l’ère du bronze. C’est la découverte la plus centrale  de ce type d’objet dans le territoire français que l’on trouve, par contre, très fréquemment dans le Nord-Ouest. Il existe une autre trouvaille de ce type sur le territoire de Grigny dans le Rhône.

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Extrait du Bulletin de la Diana 1959 (T36,N2,A1959)

Il est donc très probable que Grammond était habité ou correspondait à un lieu de passage entre 1900 et 1200 ans avant JC.

Histoire

Le bourg principal de l’époque gallo-romaine puis féodale est situé à l’emplacement du hameau du Chambon.

Les premières traces de sa position actuelle remontent au VIII° ou IX° siècle où un monastère dédié à Saint Pierre est construit à l’emplacement de l’église actuelle. L’influence de cette institution s’étend assez loin puisque, d’après une légende, on vient des environs de Veauche  à Grammond pour enterrer les morts infectés par la peste afin que la contagion ne s’étende pas. Cette église, sise au Grant Mont, apparait en 1225. La paroisse est citée ensuite sous différents noms : Grantmont, Grandomonte, Gramont en 1383, Grando Monte en 1431, Gramon en 1537, Saint-Pierre-le-Vieil de Grant-Mont en 1504. Le village fait alors partie de la seigneurie de Fontanès et de la justice de Chatelus. Il devient Grammont au XVIII° siècle ou Gramont sur les cartes de Cassini et enfin Grammond.

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Carte de Cassini

C’est à cette époque que le village se déplace pour venir autour de l’église du monastère : il appartient alors à la seigneurie de la famille Savary comme Saint Bonnet les Oules, Saint Christo et Trocésar. A la révolution Grammond est dans l’archiprêtré de Saint Galmier, et relève de la juridiction de Fontanès. Au XIX° siècle le village a beaucoup grandi avec 850 habitants. En 1867 on reconstruit l’église actuelle sur la base de l’ancienne.

Les habitants fabriquent des clous pour les ateliers de Saint-Chamond ou de Saint-Etienne et la passementerie est une activité familiale courante avec le tissage « à façon » pour les fabricants de Saint-Etienne. Seule la passementerie reste aujourd’hui.

Ce qu’il faut aller voir :

La chapelle du Saint Sépulcre

Au cœur du village, un petit monument en forme de grotte-chapelle contient une mise au tombeau. Cet ensemble polychrome composé de cinq statues en bois peint daterait du XIIème siècle et aurait été déplacée au XIXème siècle dans l’oratoire lui-même daté de 1847. L’intérieur de la grotte est de 1910 et a été réalisé par le curé Desgeorges de Grammond, qui en a fait les peintures notamment murales. La croix centrale du calvaire, vient de Jérusalem et un des clous serait la reproduction exacte des clous de la Passion : il aurait aussi touché l’un de ces derniers! Cette représentation de la mise au tombeau était située initialement dans l’ancienne église démolie au XIXème siècle. Depuis longtemps, c’est un lieu de pèlerinage connu dans la région. Pour les Grammoniots, c’est le « Sépulcre » où l’on vient prier dans les épreuves ou pour obtenir des grâces.

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Le Saint Sépulcre

La croix monolithe du bourg

Taillée sur du grès houiller (provenant de la Vallée du Gier), la grande croix monolithe date du XVIème siècle et imite les calvaires bretons ; c’est l’une des plus grande croix du département de la Loire avec 4 m 50 de hauteur. On trouve Saint-Pierre sur le fût, le Christ sur le croisillon entouré de personnages qui sont probablement des évêques et, au revers, la Vierge sous deux anges et entourée de personnages.

Il existe de très nombreuses autres croix sur la commune. Le chiffre avoisine la trentaine. Elles sont répertoriées sur un panneau avec leur photographie: il est situé à l’intérieur de l’église au niveau de la porte d’entrée principale. Citons la croix de Rampeau, la croix de Sainte Agathe. Beaucoup des 37 lieudits de la commune en possèdent une.

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Quelques croix dont la Croix monolithe et celle de Rampeau

L’église

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L’église de Grammond encastrée dans la place du village

L’église actuelle a été construite par l’architecte ligérien Charles-Antoine Favrot, comme celle de Maringes, entre l867 et l869. Elle a trois nefs en ogive, une grande centrale et deux petites basses et latérales. Le clocher date de l875-1876 et se situe sur le chœur de l’ancienne église. Au sommet des deux nefs basses on trouve des chapelles dédiées, à gauche à Saint Pierre accompagné de Saint Philibert et de Saint François Régis, à droite à la Vierge Marie associée à Sainte Anne et Sainte Catherine. Les huit vitraux colorés qui illuminent l’édifice sont de belle facture. Le chœur en possède cinq dont deux ronds.

On est agréablement surpris par le nombre de statues encore présentes dans cette maison de Dieu. Saint Thérèse essaye dans un coin de trouver sa place et Saint Antoine, perdu derrière des chaises est touchant. Mais on a aussi Sainte Agathe, le Saint Curé d’Ars ou saint François d’Assise et dans le hall d’entrée : Sainte Jeanne d’Arc.

Un grand Christ en croix mesurant 1 mètre 50 cm de hauteur, de facture très réaliste, les yeux clos et la tête tombant sur l’épaule droite, avec une couronne d’épines et le corps fixé par 4 clous, se trouve en haut de l’église dans le chœur, derrière l’autel. Cette œuvre existait dans l’ancienne église détruite en 1866, dit-on.

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L’intérieur de l’église

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Les chapelles latérales dédiées à Saint Pierre et à la Vierge

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Des saints et saintes et le Christ en Croix de l’ancienne église.

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Images surprenantes de saints qui chercent une place. Une station du Chemin de Croix et le bénitier

Dans le clocher on trouve deux cloches répertoriées aux Monuments Historiques datant de 1602 et 1697. La grosse est plus récente et porte la date de 1827.

 Le château privé de Trocésar.

Un ancien château appartenant aux seigneurs de Grammond existe toujours, quoique largement transformé au XX° siècle. Les dernières tours ont été démolies au début du siècle pour construire une grange. Certaines pierres du mur du château ont des propriétés acoustiques curieuses, amplifiant les bruits quand on les frotte. Il se trouve sur la commune de Marcenod, toute proche : c’est le manoir ou château de Trocésar, dit « des trois Césars ». De nombreuses légendes entourent ce château qui a appartenu aux familles Harenc de la Condemine, Saint-Priest puis Mitte de Chevrières.et en 1664 à Christophe Liotaud, seigneur de Fontanès, puis à Gaspard de Camus en 1777 et Pierre Philibert jusqu’à la Révolution. Au début du XXe siècle, il appartient à M. Royet de la Bastie qui le vend à la famille Meygret. On peut trouver d’autres renseignements sur ce château et les familles qui l’ont possédé ainsi que diverses légendes concernant Grammond sur un article très documenté de Wikipedia

D’autres éléments à connaitre

Un Grammoniot à découvrir.

On trouve sur le côté intérieur de la porte de l’église la biographie de Louis Ribes, un enfant du pays, ordonné prêtre en 1947 et auteur de nombreux travaux artistiques dont des fresques, des dessins de vitraux, des décorations de murs et de livres. Il a réalisé, de chaque côté du chœur, des fresques qui retracent certains épisodes de la vie de Pierre l’Apôtre, Saint-patron de l’église. Elles méritent vraiment d’être étudiées et sont, selon beaucoup d’avis, remarquables comme le sont les vitraux de l’église Saints Côme et Damien de Caluire (69) qu’il a dessiné.

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Les fresques de l’abbé Ribes

L’Épi de Grammond

On ne peut pas parler de ce village des Monts du Lyonnais sans évoquer son Association omniprésente : « L’Épi de Grammond », une communauté culturelle et sportive qui est le socle de la vie sociale et de l’attachement à la commune. Elle a été fondée en 1934. Une toute récente vidéo parfaitement documentée et réalisée par Pierre Bouchut vous raconte tout sur ce phénomène social qui a d’ailleurs fait l’objet de nombreux travaux et publications. Un bel exemple…

Circuit pédestre

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Le circuit autour de Grammond

Le tracé d’un circuit autour du village se situe au-dessus de l’église sous un abri vers le lavoir aux deux cygnes qui mérite un détour surtout lorsqu’il faut chaud et pour se rafraichir le visage (l’eau n’est pas potable). Vous croiserez lors de cette ballade la plupart des croix de la commune et vous aurez des vues panoramiques superbes sur les montagnes environnantes.

Grammond, une gare de train sur du papier pendant près de 50 ans

La ligne de chemin de fer secondaire reliant Saint-Héand à Saint Symphorien sur Coise faisant suite à la ligne ouverte en 1901 entre Saint Etienne et Saint Héand est un vieux serpent de mer, comme l’a été d’ailleurs son tracé occupant deux départements. Les toutes premières propositions remontent à 1867 avec une ligne Saint Etienne-Lyon par Saint Symphorien. Un énième projet date de 1898 quand Chazelles est tout près d’ouvrir sa ligne de tramway électrique entre Viricelles (gare PLM) et Saint Symphorien. Les délibérations au Conseil général de la Loire s’éternisent, chaque commune, proche du trajet technique théorique le plus adapté pour cette région de montagne, voulant avoir sa gare. Pourtant des travaux commencent avec la compagnie Rhône et Loire (CRL) avant la 1° guerre mondiale sur la ligne passant près de Chevrières et sur la base du dernier trajet proposé en 1912 comprenant la variante dite de Grammond pour se rapprocher de ce village et de Fontanès, qui s’éloigne un peu de La Gimond, avec une gare unique pour les trois communes et intéressant ainsi Saint Christo et Marcenod tout proches. Une gare avait été aussi fixée pour Chevrières: le village garde encore trace de celle-ci avec un lieu-dit « La Gare ». Globalement, le tracé le plus recommandé partait de la gare de Saint Héand pour monter aux Baraques à 750 m., passer entre Fontanès et la Gimond, traverser la Pacalière puis glisser entre Chevrières et Grammond, longer le Bilaize jusqu’au hameau du Creux puis rejoindre Pont Français en traversant le Couzon et se diriger vers la gare de la CRL de Saint Symphorien pour se relier à la ligne allant à Lyon par Messimy. Le trajet mesurait 23 kilomètres avec une déclivité moyenne de 2 pour mille sans jamais dépasser 3. Il y avait peu d’ouvrages à réaliser.

Malheureusement la guerre a mis les travaux en suspension et ceux-ci n’ont jamais repris ensuite tandis que le projet était mis en attente avec de nombreuses réclamations, avenants et modifications jusqu’en 1925. La crise de 1929 arrive et secoue les finances publiques et privées. En 1933 le CRL fait faillite. Le projet est fermé en 1934.

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Voilà quelques détails qui vous permettront de mieux découvrir ce charmant village où il fait bon se promener quand on a un peu de souffle car les rues sont très pentues, mais il y a de partout de quoi s’arrêter pour admirer çà et là toutes ces maisons de pierre, ces vieilles portes et fenêtres, ces anciens petits ateliers textiles ou mécaniques. Grammond, village solidaire plein de créativité, vaut vraiment le détour.