Les constructions en pisé sont universelles et existent depuis des millénaires. 1 personne sur 2 dans le monde vit dans une habitation faite de terre à pisé. Plusieurs tronçons de la grande muraille de Chine sont réalisés en pisé.

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le pisé au Maroc et à Madagascar

La terre à pisé est une couche de terre argileuse sous la terre végétale que l’on trouve à une plus ou moins grande profondeur, généralement de 2 à 5 mètres.

Le pisé est essentiellement présent, en France dans une large frange qui va de l’Ain au Puy-de-Dôme, Lyon constituant l’épicentre de cette technique et c’est un lyonnais, l’architecte François Cointereaux, qui a popularisé cette technique au 18e siècle et ses publications sont toujours considérées comme une référence dans le domaine.

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Planche explicative de François Cointereaux

Et pourtant, il n’est plus utilisé à Lyon du fait d’une interdiction préfectorale datant de 1856. Cette année-là, en effet, un immense crue du Rhône submerge la rive gauche et ravage les quartiers de La Guillotière et des Brotteaux. 1185 maisons s’écroulent complètement, 448 sont partiellement détruites, 200 subissent des avaries graves. La plupart de ces maisons avaient été construites en pisé. Le préfet Vaïsse prend donc la décision d’interdire le pisé sur l’ensemble du territoire lyonnais.

Mais la technique du pisé ne va pas pour autant disparaître. Le pisé de mâchefer, qui était apparu timidement avant 1856, prend rapidement de l’ampleur à Lyon. Le mâchefer est un résidu solide de la combustion de la houille. Broyé et mélangé à un liant, la plupart du temps de la chaux, il constitue un matériau que l’on peut utiliser de la même manière que la terre crue. Le développement des usines, notamment des usines métallurgiques, permet de produire des quantités de plus en plus importantes de ce matériau peu coûteux. D’où son développement rapide à partir des années 1860. La construction en pisé de mâchefer constitue véritablement une spécificité des villes de la région lyonnaise et stéphanoise qui va prendre de l’importance au fur et à mesure des décennies.

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mur en pisé de terre à gauche et en pisé de machefer à droite

Concernant notre région, le Forez connait bien ces « Terres à pisé », qui ont fourni d’importantes quantités de matériaux destinés à la construction. C’est Louis Gruner, le géologue, ingénieur en chef des mines et directeur de l’École éponyme qui en avait dressé la carte en 1857. Ces « terres à pisé » recouvrent tout l’espace compris entre la Loire et les Monts du Lyonnais soit environ cent-cinquante kilomètres carrés. Elles sont constituées de dépôts fluviatiles et glaciaires de l’ère quaternaire provenant des massifs montagneux. La composition est très hétérogène, souvent remaniée localement donnant à la terre une couleur différente selon le village. Il suffit de se promener dans la région pour le remarquer. Vous trouverez toutes ces nombreuses fermes isolées, magnifiques, plus ou moins grandes, en forme de U, presque toutes baties, à la sortie de la Révolution, en pisé sur sous-bassement de pierre locale. La ferme Reverdy, qui comporte un petit musée et se visite, en est un très bel exemple. 

Revenons à notre pisé ou « béton de terre ».

On n’ajoute rien dans la terre-argile à piser utilisée telle qu’elle se présente naturellement. En effet c’est parce qu’elle est à bonne teneur en argile (10-15% idéalement) qu’on la pise (frappe). Si dans un « coin » de territoire il y a des maisons en pisé c’est que la terre-argile locale convient. S’il n’y a pas de maisons en pisé c’est qu’elle ne convient pas. On utilise alors  la technique de l’adobe, de la bauge ou du torchis avec ou sans structure de bois.

La terre utilisée est généralement extraite dans l’environnement immédiat de la construction sous la terre arable, comme déjà précisé. L’excavation qui en résulte devient ensuite une « boutasse » ou une « pêchure » mais elle peut aussi provenir du décaissage du terrain pour réaliser une cave.

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Monticule de terre à pisé, et préparation à la pelle

La  terre-argile doit contenir 10 % d’humidité mais pas plus. Ce taux doit être respecté, c’est pour cela qu’on ne fait pas de pisé au plus fort de l’été où la terre est trop vite sèche. La terre-argile parait à peine humide, elle ne colle pas aux doigts : si elle colle, il y a trop d’eau et si la cohésion se fait mal : il n’y en a pas assez. Plusieurs astuces permettent de déterminer le taux d’humidité idéal.

  • Faire une boule de la terre à utiliser, la pétrir et la mettre dans la poche. Si au bout d’un moment on ressort la boule sans qu’elle colle ou ait taché le tissu : la terre est bonne à utiliser.
  • Faire une boule de la terre à utiliser, la pétrir et la lâcher sur le sol, elle doit se fragmenter sans s’étaler sans faire la « beuze » (ou bouze).

La technique du pisé

Le pisé s’élève normalement sur une assise de galets ou de moellons de pierre maçonnés à la chaux, La première étape du montage des murs est la réalisation d’un soubassement maçonné en pierre de pays, d’au moins 80 cm de haut et 50 cm de large, et destiné à isoler le mur de terre de l’humidité du sol et des éclaboussures des eaux pluviales.

On installe ensuite des banches en bois de chaque côté de cette assise et au-dessus de celle-ci, posées sur des boulins transversaux et tenues par un système de traverses à clefs en bois ou en fer. La dimension du coffrage standard est d’environ 50 cm de large, 90 cm de hauteur et 2 mètres de long. La terre est directement compactée à l’intérieur de cette structure amovible. La terre, charriée par des manœuvres, est versée en couches de 10 cm : les mises, que les maçons tassent à l’aide du pisoir (le pisoir ou pisou est composé d’une tête oblongue et aplatie, en bois dur, fixée à l’extrémité d’un manche, qui sert à tasser la terre) pour en réduire l’épaisseur de moitié.

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de g. à d. : clés et boulins, le pisou, assise de pierres, banches.

Des cordons de mortier de chaux : les liens ou joints, sont appliqués en fond de banche, sur les côtés sans traverser le mur, afin de renforcer la ligne de jointure horizontale entre les banchées successives et empêcher la terre de tomber dans ces zones où il est plus difficile de tasser. Une fois la banchée terminée, on peut la décoffrer immédiatement et attaquer la suivante. Les murs sont montés par assises successives de 90 cm de haut et 2 mètres de long.  La terre est arrêtée latéralement dans la banchée selon un plan incliné de 50 à 60° permettant une plus grande cohésion et solidité entre les longueurs successives.

Ses bords sont aussi complétés par un cordon de chaux. Les parties les plus exposées des murs, angles et encadrements, sont souvent renforcés par des lits de mortier de chaux horizontaux plus rapprochés ou triangulaires en forme de « sapin ». Enfin, les murs en pisé ont une base plus large que le haut : c’est le « fruit »  qui contribue à la stabilité et aussi à une légère réduction des charges. Les ouvertures d’origine dans le pisé sont la plupart du temps superposées verticalement avec des  encadrements  en bois ou en briques du côté extérieur  ne dépassant jamais le nu du mur à cause du coffrage qui les enserre.

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planches descriptives de construction en pisé

Un chaînage peut être mis en place au niveau des étages. On le réalise en rondins de bois, reliés entre eux par des pointes, et posé dans l’épaisseur du mur, plutôt vers l’extérieur, en contreventant dans les angles. On prend un  bois vert, qui sèche en même temps que le pisé.

Le séchage prend environ six mois.  On peut alors enduire la construction avec de la chaux.

Ainsi les murs en pisé se reconnaissent  à :

  • des stries horizontales, de deux sortes :
    • tous les 10 cm : ce sont les couches de damage correspondant aux mises.
    • tous les 90 cm : ce sont les joints de chaux assurant la liaison entre les banchées sur la hauteur.
  • des stries obliques correspondant aux liaisons de mortiers entre les banchées sur la longueur.
  • des trous de quelques centimètres de diamètre, alignés de façon régulière au bas de chaque banchée, rebouchés ou non avec un mortier de chaux. Ce sont les trous de « boulin » laissés par les traverses en bois ou en fer, appelées clés, qui supportaient les banches.
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reconnaitre un mur en pisé

Enfin on trouve parfois des bouteilles incorporées dans la maçonnerie. Elles comportent généralement à l’intérieur des messages qui sont un témoignage de l’entrepreneur ou de l’ouvrier ou du propriétaire. Elles peuvent servir d’ornement.

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une bouteille et son message incorporés dans le mur. renforcement d’arête en forme de sapin

Un mur en pisé vit, respire et a besoin de soins réguliers. Il doit surtout être protégé, a besoin de bonnes bottes: c’est l’assise de pierres, et d’un bon chapeau : c’est le toit avec son chêneau. Il craint l’humidité et donc les gouttières, il craint l’asphyxie et donc les revêtements de ciment.

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des murs en pisé qui agonisent

Voilà : vous savez presque tout sur le pisé! Au lieu-dit le Feuillat à Viricelles, vous pouvez retrouver « La Route du Pisé » qui vous en racontera beaucoup plus. Des escales de l’Office de Tourisme de Forez-en-Lyonnais y sont organisées.

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 Fernand  Poncet vous y explique toutes les étapes de la fabrication d’un mur et vous étonne avec toutes les petites astuces qui vous permettront, un jour peut-être, de vous lancer dans l’aventure du pisé. En attendant, l’après-midi de découverte se termine par la fabrication d’une brique personnalisée faite d’un mélange de terre à pisé et de chaud éteinte, hydraulique. PHIAAC, participant à cette étape découverte, et René Peysselon (Cabio pour les Chazellois), ami d’enfance de Fernand Poncet ont créé leur exemplaire qui a dû plaire à quelque individu puisque les deux briques ont disparu lors du séchage. Une photo les a heureusement conservé pour l’éternité.

briques

En complémént de ce petit clin d’oeil au pisé qui constitue le mode de construction de beaucoup de fermes de la région, vous trouverez beaucoup plus d’informations dans la revue de l’Araire n° 132:  « L’architecture rurale en Pays Lyonnais » que vous pouvez commander au siège de l’Association.