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Le «San Myâ» des Foréziens semblait bien connu des comtes du Forez qui, bien avant 1173, date du traité Forez-Lyonnais, passaient par cet endroit situé sur la route entre Saint Symphorien sur Coise et Saint-Galmier, porte du comté. C’était aussi un lieu de passage pour les pèlerins allant à Saint Jacques où l’on trouvait hospitalité dans un prieuré bénédictin. Un des premiers actes le concernant date de 1222. Au début du XIIème siècle, il dépend du prieuré de Montverdun, puis à partir de 1233, il est régi par les bénédictins de la Chaise-Dieu. François de Saint-Nectaire, prieur en 1539, fait effectuer d’importants travaux en style renaissance. A partir de la seconde moitié du XVIème siècle, des membres de la famille d’Urfé en sont tour à tour prieurs, puis au XVIIème siècle, c’est Camille de Neuville, archevêque de Lyon, qui prend la place. Saint-Myard devient ensuite un fief de la famille de La Ferrière et prend le nom de Saint-Médard. Quand on parle de ce village, on doit citer son célèbre curé janséniste, François Jacquemond (1757-1835) qui entre 1784 à 1805, a attiré un temps les regards et le non moins célèbre contrebandier Louis Mandrin qui avait laissé beaucoup de nostalgie, trois décennies plus tôt, parmi les habitants.

Le village

Saint Médard en Forez (42330) se trouve dans le département de la Loire situé en région Rhône Alpes. Le village est rattaché à la communauté de communes de Forez en Lyonnais. Depuis 2015, il est inclus dans le canton de Feurs. La population totale est d’environ 950 personnes que l’on appelle les San-Miardères. La commune est primée, depuis 40 ans, au titre de village fleuri et possède le label 3 fleurs. Tous les 2 ans, sa Fête des Fleurs attirent des milliers de visiteurs.

Le terrain

Le village est situé sur un promontoire rocheux entouré de cours d’eau. Il faut descendre fortement du village pour rejoindre la Coise ou la Gimond et à un moindre degré le Creux, autant de petites rivières qui ont fait leur chemin dans la roche.

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De haut en bas: la Coise, la Gimond, le Creux. Il y a peu d’eau: nous sommes en Aout 2015.

Saint Médard (comme Aveyzieux et Saint Galmier tout proches) est construit sur une dent granitique entourée du gneiss voisin que l’on trouve déjà sur le versant est de la Gimond (celui de Maringes, Chazelles ou Grammont), sauf à l’ouest, où la Loire coule au milieu de la plaine du Forez formée de terrains d’alluvions. Tous ces villages mentionnés plus haut sont très proches.

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Saint Médard sur un promontoire rocheux granitique entouré de trois rivières: une presqu’ile verte.

La proximité de ces rivières a permis d’établir depuis le bourg un circuit pédestre de 11 km, « Le sentier des Moulins », autour des petites usines hydrauliques qui fonctionnaient autrefois sur la Coise. (renseignement auprès de l’Office de Tourisme de Forez-en-Lyonnais). On trouve bien sûr, dans le village de quoi se restaurer avec un très bon restaurant qui propose une grande variété de plats issus de produits locaux, dans un cadre très agréable: « La Cocotte des Envies«  vous attend donc après une visite ou une randonnée. 

Le prieuré et l’église.

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L’église de Saint Médard. (Paroisse de Saint Timothée en Forez)

Autrefois le bourg et le prieuré de Saint Médard étaient protégés par des murailles de défense qui comprenaient le chevet de l’église.

L’église romane primitive a disparu. Il n’en subsiste aujourd’hui que le porche extérieur, datant du XIème siècle, avec deux colonnes surmontées de beaux chapiteaux décorés de têtes humaines. Elle a été reconstruite par deux fois. C’est l’Abbé François de Saint-Nectaire qui, entre 1525 et 1530, a dirigé la première reconstruction. Elle était de style Renaissance avec des fortifications bien visibles, dont des contreforts extérieurs entre lesquels, et sous les fenêtres du chœur, on trouvait trois ouvertures disposées de façon à recevoir de l’artillerie. Cela ne l’a pourtant pas protégé de sa destruction par le baron des Adrets vers 1570. Elle a donc été restaurée ensuite, telle qu’on la voit maintenant.

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Détails extérieurs de l’église avec des éléments du portail et des facades dont une sculpture animale protégeant les armes de François de Saint Nectaire.

L’intérieur de l’église comporte une nef voutée à nervures, six chapelles latérales et un chœur polygonal.

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L’intérieur de l’église avec le choeur et la grande nef centrale.

Dans une chapelle, à droite en entrant, se trouve le tombeau de Jehan Le Blanc, seigneur de Saint-Médard. Les chapiteaux et les culs de lampe de cette chapelle sont des blasons sculptés.

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Lumière de vitrail sur la pierre tombale. Deux chapelets attendent les pénitents.

Les fonts baptismaux ont un socle daté de 1688. Une porte  communique avec le clocher: sur le linteau de son encadrement en pierre on remarque une cloche sculptée à la manière d’une pancarte signalétique.

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Détails de l’intérieur de l’église avec notamment le blason de François de Saint-Nectaire, la porte menant au clocher, les fonts baptismaux….

Le clocher du XVIème siècle, élevé au nord de la façade, est une tour carrée assez lourde, avec la base des murs en forme de talus.

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Le clocher carré de l’église qui protège sa dernière cloche datant de 1664

La cloche actuelle, datant de 1664, a été épargnée en 1793 lors de la révolution, comme le bourdon de Chazelles et probablement pour les mêmes raisons (elle a continué à servir aux révolutionnaires pour les appels aux réunions ?). Elle est à trois battants qui ont leur propre sonorité. Une autre cloche a par contre disparu à cette époque.

Une sculpture animale sur un des contreforts de l’église porte les armes de François de Saint Nectaire, comme d’ailleurs on les trouve sur de nombreux chapiteaux de l’église.

L’édifice est classé monument historique.

Le château de la Ferrière (privé).

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Philibert de Masso, de famille noble lyonnaise, marié en 1652 à Marthe du Blanc, héritière de la famille de La Ferrière, fait construire un «château» sous cette appellation, contre une partie des fortifications du bourg dont il reste aujourd’hui la porte en plein cintre qui s’appuie d’un côté sur l’église et de l’autre sur le prieuré. Des parties importantes de murailles sont incluses dans les murs du château et de ses communs.

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Le domaine actuel de La Ferrière se compose d’un clos orienté face à la plaine du Forez, sur lequel on trouve un château de style néo-Renaissance. Sa façade principale est flanquée de deux tours rondes : l’une couronnée d’une terrasse et l’autre coiffée d’un toit aigu. Au 19° siècle on a rajouté une poivrière à flèche contre la première tour.

En flanant dans le village.

Il y a de nombreuses croix qui valent, à elles seules, une promenade pour les découvrir toutes.En voici quelques unes:

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Une partie des nombreuses croix du village.

Des maisons de village toutes charmantes et fleuries avec des styles très différents.

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Des maisons aux styles variés. En bas à droite le restaurant « La cocotte des Envies »

 

Des petits endroits à découvrir.

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Nous ne parlerons pas des moulins d’autrefois et qui feront l’objet d’un article ultérieur.

En plus de Saint Médard l’évêque, deux personnages méritent notre attention car ils sont souvent reliés à l’histoire du village.

Saint Médard.
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La statue de Saint Médard dans l’église.

Disciple de saint Remi, il fût évêque de Vermand, près de Saint-Quentin puis de Noyon, en 530 après le transfert du siège épiscopal dans cette ville. Il évangélisa la Flandre. Médard de Noyon était bon et donnait de larges aumônes à tous les indigents, y compris les paresseux. Il est mort en 545 à 87 ans. En France, plus de 33 localités se rangent sous sa protection. C’est le patron des agriculteurs et des brasseurs. Il est fêté le 8 juin.

« S’il pleut à la Saint-Médard, il pleut quarante jours plus tard, à moins que Saint-Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied. »

« Pluie de Saint-Médard, tarit le vin et coupe le lard. »

« Saint Médard, planteur de choux, mangeur de lard. »

« Le temps sera à la moisson, comme à la Saint-Médard nous l’avons. »

« Saint Médard, grand pissard, fait boire le pauvre comme le richard. »

« Saint Médard, c’est le meilleur jour pour semer le blé noir. »

« Saint Médard éclairci, fait le grenier farci. »

Le curé François Jacquemont
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Le curé Jacquemond

François Jacquemont ou Jacquemond (orthographe sur la tombe) est un prêtre janséniste et convulsionnaire français né à Boën en 1757 et mort le 14 juillet 1835 à Saint Médard-en-Forez.

Issu d’une famille de onze enfants, il fait des études chez les Oratoriens de Montbrison, puis rentre au séminaire Saint Irénée, et ensuite au séminaire Saint Charles à Lyon. Il épouse les idées de Saint Augustin.

Dieu est le seul à décider à qui il accorde grâce car les bonnes ou mauvaises actions de l’homme n’entrent pas en ligne de compte, puisque son libre arbitre est réduit par la faute originelle d’Adam. Ce sont les bases du jansenisme, condamné par le pape en 1642 et dont les idées sont largement répandues, grâce au talent de Blaise Pascal, contre l’avis des jésuites et du pouvoir central de l’époque. Ce mouvement va devenir politique avec le temps et se confondre avec une forme de gallicanisme religieux. Une grande partie des prêtres de tendance janseniste se retrouveront naturellement dans la Révolution contre le pouvoir central, voire papal, avec l’abbé Grégoire comme chef de file aux Constituantes. On a pu dire que le jansénisme par son opposition aux aristocrates à beaucoup aidé la Révolution française dans son installation au cours des premières années. Il s’en est éloigné, dès que Robespierre a installé le culte de l’Etre Suprême.

Le séminariste est ordonné prêtre en 1781, sans avoir été obligé de signer le « Formulaire » antijanséniste. Il devient curé de Saint-Médard-en-Forez en 1784. En 1791, il prête le serment à la constitution civile du clergé, comme beaucoup de jansenistes qui veulent une église réformée, mais il se rétracte en 1794 devant les excès de la Terreur.

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Christ « janséniste » (datation: avant la Révolution): Le Jansénisme prônait que la Grâce n’était accordée qu’à une minorité d’Elus. Les Christs dont les bras se resserrent jusqu’à être tendus à la verticale donnent le sentiment de ne pouvoir accueillir qu’une partie de l’Humanité. Par analogie ces Christ sont dits  » jansénistes « .

En 1798, il passe plusieurs mois en prison pour avoir refusé de prêter le serment de haine à la royauté, exigé des citoyens. Sous le Concordat, puis sous l’Empire, il refuse aussi catégoriquement, de signer le « Formulaire » exigé par les autorités religieuses, selon un même principe d’opposition au pouvoir central et aux régimes aristocratiques. Il est alors remplacé dans sa cure en 1803 par Joseph Barou, un curé nommé par le cardinal Joseph Fesch. Le jansenisme a pourtant perdu de sa force politique d’hier, même si l’abbé Grégoire est régulièrement élu aux cotés des opposants de l’époque et si le mouvement redevient plutôt une manière de vivre dans la pauvreté et l’austérité pour le rachat de l’âme.

Il reste pourtant à Saint Médard et s’installe dans l’école qu’il avait créée avant la Révolution. Tout en entretenant de bons rapports avec le curé qui l’a remplacé et se comportant comme un simple paroissien, il se consacre à l’étude et à la publication d’ouvrages et aux relations avec les groupes jansénistes de toute la France dont il devient un des porte-paroles. À sa mort en 1835, les derniers sacrements lui sont refusés et il ne peut avoir de service religieux.

Sa tombe est toujours visible dans le cimetière de Saint Médard-en-Forez.

Le contrebandier Louis Mandrin.
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Gravure de Louis Mandrin, contrebandier

Louis Mandrin est né en 1725 à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs dans le Dauphiné dans une famille de 9 enfants. Suite au décès de son père, Louis devient, à 17 ans, un chef de famille à la tête d’un commerce et d’une exploitation agricole. Il est vite couvert de dettes. La gêne incite la famille Mandrin à voler. Louis recourt au négoce du tabac de contrebande à Grenoble. Ses frères, Pierre et Claude, imaginent un plan de vol de l’église. Ils sont arrêtés et condamnés aux galères à vie. Ils s’enfuient. Louis décide alors de venger ses frères. Mais il est aussi condamné aux galères pour le meurtre d’un citoyen. Pierre Mandrin, de son coté, est arrêté à nouveau et pendu pour faux-monnayage. Louis Mandrin se réfugie alors dans la clandestinité et entre dans la bande du contrebandier Jean Bélissard dont il devient le chef. C’est une petite armée de plusieurs centaines de paysans et de soldats déserteurs. Depuis la Suisse et la Savoie, en 1754, il mène plusieurs campagnes de contrebande en France et sévit dans le Dauphiné, l’Auvergne, le Languedoc, la Bourgogne et la Franche-Comté. Il séduit la population en lui permettant d’acquérir à bas prix du sel ou du tabac, des marchandises rares, des montres et des bijoux. Il s’en prend à la Ferme Générale, responsable de sa ruine et de la pendaison de son frère Pierre, ce qui fait de lui un héros aux yeux du peuple. Les douaniers et la maréchaussée sont impuissants contre ce trafic. Exaspérée, la Ferme Générale en appelle au roi Louis XV et à son armée. En mai 1755, le colonel de la Morlière entre illégalement dans le duché de Savoie et capture Mandrin au château de Rochefort en Novalaise. Mandrin est jugé le 24 mai et condamné à la roue. Il est exécuté le 26 mai 1755 sur la place des Clercs à Valence.

L’homme est mort. Mais c’est le début de la légende du bandit justicier, se battant contre la malhonnêteté des collecteurs d’impôts de l’Ancien Régime. Une chanson se met alors à circuler dans tout le pays; « La complainte de Mandrin ». Elle est toujours chantée et s’adresse même aux enfants. 

Louis Mandrin est très certainement passé par Saint Médard lors de ses campagnes d’Auvergne notamment. C’est l’abbé Léonard qui en a laissé de nombreux témoignages: une ode, un récit de passage et un épitaphe post-mortem, tous documents conservés aux Archives Départementales de la Loire.

Brave Mandrin!
Que ne fais-tu rendre bon compte
Brave Mandrin!
A tous ces maltôtiers de vin
De sel, de tabac, qu’ils n’ont honte
De voler pauvre, riche et comte?
Brave Mandrin!
Quelle nation
Eût jamais fait de connaissance
Quelle nation,
Avec gens de telle façon!
Qui, sans étude ni science.
As parcouru toute la France,
Sans émotion,
Passant partout,
Dans les villes,à la campagne.
Passant partout,
Sans craindre Morlière du tout.
Ta troupe et toi as l’avantage
De faire un pays de Cocagne
Passant par tout.

Année 1754. Notes rédigées par l’abbé Léonard, vicaire desservant:

Notte sur le brave Mandrin, chef des contrebandiers, qui avoient apportez dans ce pais du bon tabac de Saint-Vincent pour 35 s. à 36 s. la livre, ce qui faisait autant de plaisir que de service au public dont il s’était attiré la confiance et à ses gens. Après quoy, ledit Mandrin, intrépide, en fournit aux grands déposts, au bureau de la ville de Montbrizon, du Puy et de plusieurs autres villes jusqu’en Auvergne auxquels il le vendait sur le pied du tabac d’Hollande et en même tems faisait ouvrir les portes des prisons royaux et mettait en liberté les prisonniers, à l’exception toutefois de ceux qui y étaient pour vols et rapines, sans que personne s’y opposât, pas même le ministère public. Il était si vigoureux et redoutable qu’à la tête de sa troupe il passa et repassa le Rhône, malgré le régiment de la Morlière-Dragon qui le bordait et qu’il fit plier. On n’a pas vu son pareil pour le courage et l’entreprise ; aprez son passage du Rhône, ayant cessé de faire son commerce à cause de quelques dragons que le roy avoit envoyé dans les provinces pour l’arrêter, outre le régiment de la Morlière, l’on prétend que ledit Mandrin a mis à contribution la ville de Beaune en Bourgogne pour la somme de 20.000 1. et la ville d’Autun pour 10.000 1. pour solder ou soudayer sa troupe pour gagner le païs étranger et l’on croit qu’il s’est luy-même retiré à Paris pour être plus en grande sécurité. L’on n’en sait pas davantage jusqu’à présent, à Dieu jusqu’à l’année prochaine. Deo adjuvante.

Epitaphe post-mortem:

Enfin le grand Mandrin est expiré à Valence
au milieu de cette année, entre le ciel et la terre,
dont voicy l’Epitaphe
Tel qu’on vit autrefois Alcide
parcourir l’Univers la massue à la main
pour frapper plus d’un monstre avide,
qui désolait le genre humain:
Ainsi j’ay parcouru la France
que désolaient mille traitants ;
Je péry pour avoir dépouillé cette engeance,
j’aurais joüy comme eux d’une autre récompense,
Si j’eusse dépouillé des peuples innocents.

S’il n’y a pas de traces de Mandrin à Saint Médard sauf aux Archives Départementales de la Loire, le village  a  gardé l’histoire millénaire  de ses pierres en les  magnifiant et les fleurissant de belle manière, rendant sa visite très agréable par tous temps. Une journée à Saint Médard n’est pas de trop surtout si l’on parcourt les petits chemins qui sillonnent la commune.

Très bonne visite.