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La Coise qui coule un peu en dessous du Magat, photo Chazelles-Histoire

Quel bonheur d’avoir encore dans nos villages ces retraités qui, ayant toujours assez bon œil et aussi bon pied que possible, ont su garder, avec des souvenirs de leur enfance, leur adolescence et leur vie d’adulte, cette simplicité de la vie d’hier, le sens du bon mot et l’impartialité du jugement.

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Armand Berne est né en 1924 et a 91 ans aujourd’hui. Il vit dans la petite maison où avait déjà vécu son père, rendu handicapé et ayant dû cesser ses activités d’agriculteur au Magat en 1964. Il avait ensuite poursuivi les activités dans la ferme paternelle jusqu’à sa retraite pour venir ensuite habiter en ville.

Des histoires à raconter, il en a beaucoup : la vie de ses parents qui se sont rencontrés chez le chapelier Jules Blanchard (le « château » Blanchard a été construit à partir de 1919 et habité en 1920), l’un chazellois: Laurent Berne comme jardinier et l’autre bellegardoise: Antonine Mazoyer comme cuisinière. Laurent s’était ensuite associé à son frère Claude  pour fabriquer des moellons des 1929 puis transporter des pierres taillées par des italiens à la carrière de Pont Français entre Saint Denis et Saint Symphorien. La crise de 1929 touchant aussi la construction et donc leur entreprise, il avait dû acheter en 1933 une ferme au Magat vers Jancenay, pas très loin de celle de Maurice Berne, un autre frère. C’est dans cette ferme paternelle qu’Armand a passé une partie de son enfance puis sa dure vie d’agriculteur avec l’entretien des bêtes, des pâturages (pour certains éloignés, telles les terres autour de la chapelle Saint-Pierre dépendant de Bellegarde) et la culture. Il a aussi revendu les produits de la ferme et fait les marchés alentour après avoir acheté en 1964 sa premier fourgonnette Citroën chez Claudius Neyrieux, le Diuss, successeur du père Forest. Jamais il ne se plaint de ce temps qu’il raconte avec plaisir, remerciant le Créateur de lui avoir donné la santé pour le faire. Sa manière de chanter le Credo du Paysan, cantique qu’il affectionne, en est le témoignage.

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Et puis il y a toutes les petites histoires de chasse dans les bois sur Bellegarde ou dans la plaine du Forez (c’était un fameux « fusil »), celle de la pêche au bord de la Coise, son domaine dès l’enfance, les nuits de braconnage pendant la dernière guerre pour récupérer lièvres et autre gibier « à la cravate » dans les bois de la Chardière avec son oncle Emile Rieff, ou le poisson au filet dans la Coise et nourrir gracieusement ceux de la « la ville » qui souffrait des restrictions. Les minutes passent et deviennent des heures merveilleuses. Tout est simple, personne n’est méchant. Le voleur est un espiègle, la petite escroquerie est une blague. On aime bientôt ce temps où tout se réglait calmement et gentiment. Les prénoms associés aux noms de famille n’existent plus, c’est le surnom qui est de règle. Il est fourni, comme s’il était connu de toute évidence, pour l’authentification des personnages qui animent les scènes. On entre ainsi dans des contes où l’identité n’a plus aucune importance par rapport à l’histoire. C’est du Pagnol à Chazelles.

Il y a aussi le porte-documents qui contient les archives de la famille et qui ont été sauvées à temps des méfaits du feu (« les jeunes brulent tout aujourd’hui sans s’embarrasser, Ils n’ont rien à faire de ces vieilleries »). Ce sont toutes les chansons écrites à la main et chantées par son oncle Mathieu-Benoit Berne qui a fait, à partir de 1908, 3 ans de service militaire à Lyon comme ordonnance auprès d’un colonel (nous vous en proposerons le contenu plus tard après transcription) et  auquel notre hôte semble vouer une admiration sans fin.

Armand, comme beaucoup de chazellois a appris à compter, à lire et à écrire chez les sœurs Saint Charles avec sœur Lucie et sœur Céline : «une peau de vache», puis chez les frères maristes sur la route de Saint-Galmier : il habitait en face quand l’école a ouvert dans les années 30 avec comme premier directeur le frère Chalendard, semble-t-il, puis le frère Joly. Du jour où il a habité au Magat, il lui fallait faire 4 kilomètres à pied à l’aller et autant au retour pour suivre la scolarité: il amenait alors sa gamelle pour le repas de midi. 

Les heures passent sans qu’un instant on ait envie de regarder sa montre. Armand prend une page écrite à la main avec le texte d’une très vieille chanson de 1907 « Le Zipholo » qu’il veut nous réciter. Je vous réserve le troisième couplet où le narrateur révèle toute sa merveilleuse malice. C’est un moment magnifique: on oublie l’âge de  cet homme. 

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Pourtant les aiguilles de l’horloge pendue au mur tournent et l’on est arrivé à l’heure de la soupe. Mais non, Armand n’est pas «soupe» en été : il adore les crudités et une bonne assiette de charcuterie. Alors on continue?

Non, il faut se quitter. On se donne rendez-vous pour un autre après-midi. Armand me préparera les photos de famille pour que je capte dans ma boite numérique quelques visages de ces ancêtres d’hier. Mais la famille Berne est grande. Une partie de celle-ci est arrivée à Chazelles avec  Laurent Berne, né en 1754 à Saint Médard, marié à Antoinette Virisselle de Saint Denis-sur-Coise en 1780 et venu comme agriculteur et tisserand à Montalègre. Il y a eu depuis de nombreux enfants et mariages, générant de nombreuses homonymies parmi les frères et soeurs, oncles et tantes, cousins et cousines : les Laurent, Claude, Mathieu, François, Benoit et autres Louise ou Claudia avec leurs noms de famille identiques qu’il a fallu différencier par l’ajout notamment du lieu d’activité  : Jancenay, Chardière, Charvillère, Montalègre, etc..

Armand Berne nous laisse partir avec quelques vidéos écrites chez lui. Vous avez déjà vu plus haut qu’il témoignait d’une assurance impressionnante face à l’objectif. Formidable cet homme ! Il est…

Pour terminer, le voici chantant « La Toinette » en patois.

A bientôt avec lui pour d’autres témoignages du passé.