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Xavier Berne

Vous allez voir que les temps ont bien changé et qu’il est probablement moins difficile aujourd’hui de pouvoir jouer au foot-ball qu’à la sortie de la guerre, il y a 70 ans!

Xavier Berne (classe 36) nous raconte une petite histoire de ballon. Il faut dire qu’il a de quoi parler puisque son père est le fondateur de la section football de la Vaillante Etoile Sportive de Chazelles-sur-Lyon avant la première guerre mondiale.

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La vaillante Etoile Sportive de Chazelles. Victor Berne debout en haut à gauche

À la sortie de la guerre de 40, mais je ne peux pas dire l’année précise, il est apparu dans la vitrine d’un magasin de sport de Chazelles, chez « le père Toinet », un magnifique ballon en cuir qui nous a aussitôt fait rêver. On passait et repassait avec les copains pour voir ce ballon en vitrine. Un jour le plus audacieux est rentré dans le magasin pour demander son prix : c’était une somme  tellement astronomique qu’on ne pouvait pas se le payer.

Alors on en a parlé au patronage et le père Labrosse nous a dit :

« Et bien écoutez, si vous êtes un petit peu débrouillards, vous pourriez peut-être aller aux glands (le ramassage du gland de chêne était devenu une activité d’après-guerre du fait des restrictions), les ramasser et les vendre. »

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Des glands de chêne

À ce moment-là, Victor Berne, mon père, a qui j’en avais parlé, m’a dit :

« Mais oui, vous pouvez sans doute vendre vos glands au père Gouttenoire qui est en cheville avec un fabricant d’aliments pour le bétail et qui vous achètera surement ce que vous aurez ramassé pour pouvoir acheter votre ballon. »

Donc on est allé plusieurs jeudis du mois d’octobre du côté du Racle pour chercher et ramasser les glands. On  avait une dizaine  de petites remorques ou de petits chars à bras. On était bien une trentaine à ramasser  et on ramenait chaque fois une dizaine de gros sacs. Finalement, mais je ne peux pas vous le dire très précisément, il a fallu entre 2 et 3 tonnes de glands pour arriver à faire le prix du ballon que nous avons réussi à acheter.

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Et ce fameux ballon, une fois qu’on l’a eu sur les bras, il a fallu l’assouplir et le graisser. On n‘avait pas de quoi ! C’est  « le Paul Signoux » (mais je n’en suis pas sûr car ils étaient deux frères, je crois) qui fauchait des couennes de lard à son père qui était boucher. C’est avec cela que l’on graissait le ballon régulièrement. Cela a duré au moins six mois.

 Mais  ce ballon, dont le cuir avait dû  sécher pendant toute  la guerre, était devenu une vrai tomate au bout de six mois : il était tout mou et à moitié ovale malgré notre traitement régulier. Cela ne faisait rien et on a continué à l’entretenir: c’était notre ballon et on n’en avait jamais eu un de plus beau.

Pourtant quelques mois plus tard,  on a été un peu déçus. En effet, l’année suivante on a vu arriver des ballons qui venaient du Canada ou des États Unis et qui, eux, n’avaient plus de lacet.

(Tu sais quand tu prenais notre ballon sur la tête avec son lacet et son nœud tu le sentais ! …tandis que ces nouveaux ballons n’avaient pas cet inconvénient. C’étaient  les premiers ballons à valve.)

On a donc eu très vite un de ces nouveaux ballons.  Mais ce jour-là, on a perdu un petit plaisir : celui de taper dans le nôtre, celui que l’on avait payé.

Il y avait Bèbert  Chevron, Tui-Tui Bonnier, Paul Vericel, Paul Signoux, Dédé Venet, Paul Carteron et d’autres encore….

Vous qui étiez de la bande, en connaissez-vous d’autres ? Si vous en étiez, manifestez-vous !