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C’est un spectacle qui n’a pas changé depuis des siècles et est resté de tous temps constamment moderne. Il existait  avec les mimes gréco-latins, les jongleurs médiévaux, les premiers spectacles d’acrobates et de funambules s’exhibant dans les foires. C’est un peu avant la Révolution que le premier cirque apparaît à Paris : un spectacle équestre à risque avec acrobaties et figures dangereuses. C’est Philip Astley, un anglais, qui est  le père du cirque d’aujourd’hui, celui dont il a fixé les règles un peu plus tard en mélangeant la voltige à cheval, les danses, la musique, les acrobaties, les funambules et …les clowns. En grand thérapeute des émotions, il introduit ce personnage chargé d’apporter un élément comique au milieu de l’extraordinaire tension induite chez le spectateur par le risque permanent que prennent les acteurs. Ces derniers ne peuvent pas tomber sans risque à caractère vital. Le clown, lui, va au contraire tomber de manière grotesque comme un gros lourd (c’est d’ailleurs le sens du mot clown). Il va ainsi faire s’effondrer le niveau d’anxiété du public pour le transformer en joie et rires et cela même s’il prend, tout de même lui aussi, un risque lors de cette chute qui est, il est vrai, calculée.

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Blandine Thévenon-Nicoli et Pierre Didier, clowns depuis plus de 20 ans, utilisent ces préceptes du cirque moderne depuis longtemps, notamment auprès des enfants malades mais aussi des grands brulés et des patients atteints de cancers, en organisant des spectacles dans les hôpitaux. Selon la même méthode, tension et anxiété provoquées par l’Acrobate Maladie sont annihilées par le Docteur Clown.

Ils se servent de la même potion quand il s’agit de « leur » cirque Sanzanno qui a posé chapiteau vendredi 17 juillet à Chazelles-sur-Lyon. (Pour accéder à l’annonce du spectacle)

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Blandine Thévenon-Nicoli et Pierre Didier

On y  annonce d’entrée la couleur. Il n’y a pas d’acrobate à risque dans cette enceinte car comme le nom l’indique il n’y a pas d’anneau! Il faut donc que le clown occupe la scène et amène le public à rire et se détendre sans aucune mise en tension émotionnelle préalable. Pierre Didier (un petit farlot: et oui!), Blandine Thévenon et leurs acolytes du jour y arrivent sans aucun problème en prenant en charge tous les risques de l’échec du spectacle. C’est en  établissant eux-mêmes des échelles visuelles analogiques pour diverses émotions qu’il l’évitent et font prendre l’émulsion: le public ne peut que suivre les acteurs en riant de bon cœur aux interprétations variées du 100% gourmandise, 50% colère, 80% joie, etc… Il en va de même pour la course au raton baveur qui est déjà par son nom un catalyseur de rire. Le duo Ferdinand et Eugénie dans le sketch de la grande panière et des épées perforantes montre aussi un grand professionnalisme : si la scène de « bravoure » ne déclenche aucune inquiétude, elle interpelle et force à l’admiration.

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Finalement dans ce spectacle circassien on assiste à un retournement de situation puisque c’est Paul Nicoli, sa guitare et sa voix, accompagné de Yannick Prudent, à la contrebasse, et Simon Rochetain avec une guitare « cristalline » exceptionnelle, qui viennent dissiper l’extrême tension visuelle joyeuse provoquée par les performances des clowns pour la transformer en un autre vrai plaisir: celui-ci acoustique.

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Simon Rochetain, Paul Nicoli et Yannick Prudent

La transition se fait de façon magistrale avec des airs venus de peuples sans frontières, des musiques à la fois tristes et pleines de joie, des paroles où la poésie règne en maitre. Cette « Tzigane » de Guillaume Appolinaire mise en musique par le chanteur est un petit chef d’œuvre. Comme le Cirque Sanzanno et ses clowns sans âge, elle a aussi traversé le temps pour nous apporter quelques instants de rêve, d’insouciance et de fraicheur. Il y en avait besoin hier avec 35°C de température.

…et voilà la fin du spectacle avec ces musiciens et ces clowns qui ont fait de cette soirée une réussite…

Nous commençons par un enregistrement son:

et poursuivons avec une vidéo qui réunit tous les acteurs de ce spectacle magnifique, haut en couleur, en musique et en poésie, tout imprégné de l’art du cirque. Ils ont su captiver, pendant près de deux heures et demi de présence sur scène, plus de deux cents spectateurs venus pour la plupart des communes alentour, étoffant ainsi la présence des quelques chazellois connaisseurs et bien sûr totalement comblés.

S’il vous arrive un jour de voir sur votre chemin le chapiteau du Cirque Sanzanno, arrêtez-vous pour pénétrer dans son enceinte et passer un superbe moment.

En attendant cette occasion, vous pouvez retrouver, pour les écouter dans leur totalité,  les nombreuses chansons avec paroles et musiques écrites par Paul Nicoli, y compris ce beau poème « La tzigane » de Guillaume Appolinaire mis en notes, en achetant auprès de l’artiste le CD audio sorti en 2014.

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Couverture CD audio

Adresse    Blandine Nicoli/Thévenon – Paul Nicoli  à   Le bourg 42140 Maringes

PS. Le professionnalisme au sens le plus noble de cette troupe est extrême. Signalons qu’ils ont notamment donné une séance devant 7 personnes le samedi après-midi ! La vie d’artiste est souvent dure, le geste est très beau. Chapeau !

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Chapeau! Blandine, Pierre et….

Dans un prochain article, nous vous présenterons quelques images de ces cirques qui se posaient autrefois à Chazelles et qui étaient alors assaillis par les « Farlots ». 

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