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Nous vous avions annoncé depuis 1 mois dans la rubrique des manifestations et réunions à venir (que l’on trouve dans le site sur la colonne de droite) la soirée animée sur le Moyen-Age organisée par le groupe Histoire et Patrimoine de Meys. Elle s’est déroulée le samedi 20 juin dans cette localité avec une conférence ayant pour thème « Approche du Haut-Lyonnais médiéval ».

Cette manifestation a tenu ses promesses avec une organisation parfaite. Les membres de l’Association ont fait un travail remarquable, recevant de façon exceptionnelle leurs invités et auditeurs. Un buffet avait été préparé. Il comportait une multitude de plats tous préparés par les sociétaires pour la plupart vétus en habits rappelant le Moyen-Age : gateaux, patés, fruits confis, pain d’épice issus le recettes culinaires de l’époque: une façon de découvrir l’usage courant des épices et notamment le safran dans ces siècles lointains. Les boissons étaient au gout du moment avec des petits vins et des boissons dérivées de la pomme. Un groupe musical « Le Passé Composé » complété par Daniel Besson assurait une ambiance musicale  avec  tambourin, vièle à roue et musette (?).

Tout était parfait. Voici quelques photos de ce beau début de soirée avec les invités autour d’un magnifique buffet médiéval.

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La soirée s’est poursuivie par une conférence donnée de façon lumineuse (et oui, elle m’a éclairé) par Pierre-Eric Poble, enseignant-chercheur, spécialiste du Haut Moyen-Age et intitulée:

Approche du Haut-Lyonnais médiéval.

Fort peu renseigné sur cette période très obscure de l’histoire de France qui est occultée dans la plupart des programmes d’histoire…

(on passait autrefois sans transition de Vercingétorix à Charlemagne, des gaulois aux carolingiens avec une étape par Soissons et Clovis pour compléter l’image d’une identité nationale forte toujours imposée par l’enseignement d’hier (que ce soit face à des romains  envahisseurs, des wisigoths sanguinaires ou des arabes occupants)  et puis on sautait aux Croisades avec Philippe Auguste, le premier roi de France à représenter à nouveau un pouvoir central, suivi de notre « sublime » roi Saint Louis.

…j’attendais beaucoup. Et pour fixer très imparfaitement l’espace de temps concerné, quelques traces de cette période…

 Entre la faillite d’un État qu’avait tenté de construire  Charlemagne et celui que reconstitue Philippe Auguste, près de trois siècles de silence se sont écoulés au cours desquels le paysage de nos régions s’est affiné plutôt que modifié. C’est l’arrivée d’un nouveau pouvoir ecclésiastique qui va être exercé de façon très opportune par des grands laïcs qui  souvent s’autoproclament évêques. Ils créent des dynasties épiscopales qui, mélangeant les genres, vont disputer aux comtes, petits rois issus du pouvoir carolingien, les territoires  qu’ils contrôlent. C’est bien la disparition du pouvoir central à cette époque qui permet la création des principautés ecclésiastiques comme celles des  comtés. C’est aussi l’émergence des seigneurs dans les territoires des comtes et des évêques. Ils vont assurer la défense locale avec la création de châteaux. Ces derniers, vassaux mais avec le pouvoir  de petits chefs qui leur a été délégué, vont prélever l’impôt au profit de leurs maitres: comtes et évêques. Ils se « servent » au passage en asservissant le paysan qui est sous le donjon et qui a le statut de serf.  Le monde agricole n’est pas « libre ». Il y a très peu de constructions en dehors des châteaux rustiques, des fermes et des églises. On n’est pas encore au siècle des cathédrales et des grands châteaux royaux. Il y a donc peu de renseignements archéologiques et bien sûr très peu d’écrits pour nous aider à éclairer cette période (la population ne peut plus faire lire ou écrire depuis la disparition des scribes romains remplacés par des moines qui ne s’occupent plus que des écrits religieux qu’ils retranscrivent en les enluminant). Le pouvoir ecclésiastique émergent assure son influence avec des pèlerinages et la possession de reliques de saints souvent martyrs romains mais aussi  d’autres »fabriqués » sur le plan local.  Cela  donne une certaine cohésion sociale autour des églises ou des monastères qui les conservent avec un seigneur qui les protège. En effet, les évêques ou les abbés peuvent nommer ces saints et plus on est près de ceux-ci, plus on a de chance de gagner le paradis. On s’en dispute donc la propriété, on les protège en se battant au besoin de façon très féroce (C’est par exemple le transfert dans la région des reliques de Saint Rambert que l’on peut lire dans un article de L’Araire). 

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Pierre Eric Poble

Pierre Eric Poble nous emmène donc dans cette période très peu éclairée de l’histoire de notre territoire. Il n’y a pas de textes la relatant depuis  la disparition des Romains (c’étaient les historiens de la région avec les textes qu’ils nous ont laissé). On sait qu’il y a eu  les gallo-romains puis les germains et d’autres peuples mercenaires. Apparait enfin l ’Église, son pouvoir, ses évêques et ses moines, les seuls « savants » sachant lire et écrire à l’époque. Ce sont eux qui vont nous donner l’ambiance de la région lyonnaise entre la fin du VIII° siècle et le début du XII°.

Nous sommes dans un territoire relativement tranquille occupé autrefois par les Ségusiaves, des gaulois dociles à la solde des romains qui ont accepté de laisser leur eau couler dans les nombreux aqueducs installés au milieu de leur région pour alimenter Lugdunum (le Lyon d’aujourd’hui) qu’Auguste, empereur romain, a autrefois imposé à ce peuple en bordure de territoire sur le fleuve Rhône.

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Lorsque l’occupant s’est progressivement retiré de la région, il a cependant laissé en place la structure administrative très rigoureuse, précise et détaillée qu’il avait mise en place. On trouve donc dans cette campagne loin de Lyon mais sous son influence (qui correspond aux Hauts du Lyonnais), des grands domaines ruraux avec des fermes autour desquelles se trouvent des parcelles de terrain, les « agri », qui par division successives, vols ou falsification (cette façon de s’approprier le terrain apparait après le départ des romains) vont voir s’ériger d’autres fermes ou maisons et finalement une église.  Celle-ci est alors rattachée à un archiprêtré, en l’occurrence Sain Bel puis Courzieu, dirigé par un évêque: homme tout puissant qui s’est imposé sur ce territoire. Ces gens d’église, laïcs mariés avec enfants et « batards » ont pris en main l’administration, la justice, le prélèvement de l’impôt et au besoin la guerre. Ils dirigent et attribuent les grands domaines aux amis et aux membres de la famille. Ils se protègent avec des chateaux et se chamaillent avec les comtes du Forez, une génération de seigneurs laïcs venus d’on ne sait où, (probablement auto-désignée) et les archevêques de Lyon.

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Les quelques écrits qui sont parvenus jusqu’à nous, témoignages de l’époque, sont les terriers rarissimes tenus par les moines. Pour la région ce sont ceux de Savigny : ils datent du X° siècle ( les 1200 ans de l’Abbaye de Savigny seront fêtés cette année). On apprend ainsi que l’agriculture est organisée dans cette région le plus souvent comme celle d’aujourd’hui. C’est une zone de fermes  centrées autour de l’élevage avec des champs cultivés de céréales qui servent à payer l’impôt et alimenter Lyon, des plantations d’arbres fruitiers et de vignes. On y trouve très nettement la sylviculture avec des forêts plantées au milieu ou au bord des zones de terres publiques. Une particularité essentielle à la région est l’existence autour de la ferme-unité d’une zone correspondant au potager indispensable à la nourriture quotidienne. Les moulins sont décrits : en 918 il est fait mention de celui de Haute-Rivoire. Il y a déjà la plupart des routes d’aujourd’hui sous une forme certes moins élaborée. La cartographie de l’époque délimite parfaitement les propriétés avec les limites naturelles faites de rivières ou de chemins. En dehors de ces terres attribuées et « privées », on trouve un grand espace public ouvert à tous et soumis à la convoitise. C’est la plupart du temps le plus fort, devenu seigneur, qui en acquiert progressivement la propriété et qui, pour asseoir ensuite son autorité sur le « butin », va construire un château.

Ceux-ci apparaissent dans les Hauts du Lyonnais au début du XI° siècle. Une carte de l’époque note pour cette région du Haut Lyonnais cinq « châteaux » : Valeille, Mais, Avez, St Symphorien et Sena (qui est probablement celui de Reculio à Saint Romain le Vieux – Sena=Vieux). Qui dit château, dit puissance et défense avec arrangements et alliances: elles vont bon train dans la région. Cela entraine  des rivalités qui amènent à la construction de châteaux « pour » et de châteaux « contre ». Ainsi Meys en possède deux à cette époque. Ils sont à quelques paires de pas l’un de l’autre.

Ce qu’il faut retenir finalement de cette période, c’est la constance d’un paysage entièrement  dessiné plusieurs centaines d’années auparavant par des romains qui avaient tracé, borné et parfaitement cadastré la région. Les fermes gallo-romaines sont devenues les villages d’aujourd’hui dans lesquels se sont imposées des églises comme centre administratif sous la dépendance de l’ordre religieux représenté par les évêques et les moines.

On arrive au XII° siècle et deux puissances qui se sont progressivement formées vont s’affronter durement pour la possession du territoire et de ses ressources notamment minières. C’est le début des guerres entre les Comtes du Forez et les Archevêques de Lyon un moment éteinte par le « Permutatio » qui correspond à un échange des propriétés terriennes de part et d’autre d’une ligne d’influence établie dans un rapport de force armée séculaire.

J’ai ainsi appris au cours de cette soirée que très peu de choses avaient changé dans notre région au cours des siècles. Cette remarque peut s’étendre d’ailleurs jusqu’au XIX° siècle, le moment où s’est installée l’industrie. Les grandes voies de communication romaines sont les grandes routes d’aujourd’hui, les villages que l’on connait sont les fermes d’hier. Cette constance est rassurante et pleine d’enseignement. Elle devrait nous inciter à plus de respect d’un paysage dans lequel l’homme s’est adapté plutôt qu’il ne l’a façonné. Il faut y prêter attention car ce n’est plus beaucoup le cas aujourd’hui où l’on voit disparaitre nos petites montagnes remplacées par des lotissements de plus en plus importants qui modifient notamment le cours des eaux,  où l’on voit apparaitre de véritables cassures de terrain au profit de carrières et des autoroutes qui modifient le sens du vent.