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Les Ségusiaves buvant une eau minérale du Forez à la source de Saint Galmier, aujourd’hui Badoit (publicité ancienne). La généralité de Lyon fête son roi sous la colline de Fourvière lors de l’érection d’une première statue de Louis XIV en 1713 (elle tombera en 1792. tableau Musée Gadagne Lyon)

L’ÉPHÉMÈRE DÉPARTEMENT RHÔNE ET LOIRE.

Une histoire en trois chapitres : origine du territoire, création du département, sa disparition.

Chazelles y joue un rôle à chaque acte. On le découvre à la lecture.

1-ORIGINE DU TERRITOIRE

Il s’agit d’une région borné à l’est par la Saône et le Rhône, au sud par les montagnes du Vivarais et du Velay, à l’ouest, par les Monts du Forez, au nord par le Maconnais et traversée dans sa longueur par la Loire  qui descend du sud vers le nord.

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Le territoire des Ségisiaves entre Rhône et Loire

Le territoire qui forme le département du Rhône et de la Loire est habité primitivement par les Ségusiens ou Segusiaves, un peuple gaulois de moindre  importance politique  que celle des  Éduens ou des Arvernes. Le voisinage de la Méditerranée et de Rome les rend plus dociles à subir Rome qui envoie ses troupes vers 150 avant JC. Ils découvrent alors des légions romaines accompagnées de mercenaires issus de la peuplade eurasienne des Sarmates dans Forum Segusianorum ou Segusiavorum (Feurs) (Peu importe d’ailleurs, quel latiniste demain me contredira ?). César compte ces gaulois au nombre de ses alliés jusqu’à la tentative d’indépendance ratée par Vercingétorix qui était arrivé à les emmener avec lui. Mais ce grand et nouveau chef ayant été battu, puis humilié et  tué, les Ségusiaves se retournent vers Rome qui leur offre, sous l’empereur Auguste, une province autour d’une capitale : Lugdunum ou Lyon. (Du dieu celte Lugus et de son lieu de prière : la colline ou duno). Tout cela constitue une des multiples explications de la création de ce territoire.

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Dessin d’une autre publicité de l’eau minérale Badoit à Saint Galmier, au coeur du Forez.

Ensuite lorsque l’empire romain se désagrège, les barbares avec les Burgondes envahissent cette région. Le contact avec ces peuplades est très pénible pour un peuple façonné à la romaine mais ils font le dos rond. Puis ce sont les Francs qui prennent possession du pays et Clotaire, monarque franc règne sur ce territoire vers 560. L’invasion suivante est terrible avec l’arrivée des Sarrasins qui envahissent Lyon. Ils en sont chassés par Charles Martel en 732. Sous Charlemagne, c’est Leydrade, un de ses amis, qui prend en charge le Lyonnais. Cette province échoit ensuite à Lothaire en 843 qui la laisse à son fils Charles puis à Lothaire II. En 870 le Beaujolais et le Lyonnais sont réunis autour de Charles le Chauve qui les donne avec le Forez au comte Guillaume I° qui s’est ainsi autoproclamé pour la première fois. Son fils Guillaume II rend le titre de comte de Lyon héréditaire au profit de sa descendance. Ses fils Artaud et Bernard se partagent ensuite le territoire. Le premier, comte de Forez, récupère aussi le comté de Lyon  et le second conserve le Beaujolais pour, à partir de 920,créer sa propre histoire.

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Artaud gouverne de 920  à 960, remplacé par Giraud I° (960-990), puis Artaud II. Un des 2 fils de ce dernier Artaud III est chassé de la province par un membre de la famille qui règne sur l’empire germanique et est archevêque de Lyon : il se nomme Burchard. Ce dernier est à son tour chassé par les deux fils d’Artaud II qui se sont ligués avec l’appui des Capétiens de France. Mais Burchard revient et l’on finit par conclure un traité entre le comte et l’archevêque où Artaud III abandonne un grand nombre de ses droits seigneuriaux sur Lyon mais reçoit en échange des terres supplémentaires en Forez. A la mort d’Artaud III, son frère Giraud II prend le titre de comte du Lyonnais, du Roannais et du Forez. Burchard meurt en 1031. Son neveu Burchard considère le titre d’évêque de son oncle comme un droit héréditaire mais  Giraud II s’y oppose voulant y placer son fils. S’en suit une guerre dont Burchard,  soutenu par l’empire germanique, sort vainqueur. Giraud II est donc  chassé de Lyon et les archevêques règnent alors sur la ville. Il s’établit dans le Forez et fait de Montbrison sa capitale, oubliant toute prétention sur Lyon qui subit progressivement tous les inconvénients des mœurs germaines de l’époque. Il redevient par usage un simple comte du Forez, ce que ne conteste pas sa postérité. On est vite autour de 1150 et cette époque voit régner sur le Forez la seconde maison des comtes du Forez après la disparition assez énigmatique de la lignée Artaud. (On sait toutefois qu’après Giraud II, il y eut Guillaume III qui, poussé, dit-on, par un grand chagrin, partit en croisade et périt au siège de Nicée, laissant son héritage à Guillaume IV, un fils mort sans postérité (?)). C’est Guy de Guînes qui a pris ensuite le titre et se nomme Guy 1° suivi de son fils Guy II.  Ayant par ailleurs fait allégeance à Louis VII le Gros, ils règnent successivement sur le Forez.

Vient, dans le monde occidental de l’époque, la période de la grande Croisade (la 3°) après la perte de Jérusalem. Les Anglais de Richard Cœur de Lion, les Germains de Frédéric 1° et les Français de Philippe Auguste s’associent pour partir en Orient.

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À ce moment-là, Lyon soutenu par l’empire germanique et Frédéric 1° « Barberousse », son empereur,  décide de porter son pouvoir au-delà de Lyon et monte vers Yzeron pour s’emparer de terres dévolues au comte du Forez. S’en suit une guerre dont Guy II de Forez sortira vainqueur en occupant Lyon  en 1158. Il faut toute une série de tractations entre le pape et l’empereur germanique pour tenter de résoudre la situation (avec un  évêque chassé, un comte du Forez occupant les lieux et l’empereur Frédérique finalement excommunié) pour que le conflit s’achève en 1173 avec le « permutatio » qui vient officialiser des transferts de terres entre belligérants, de l’argent et des droits associés pour le comte du Forez  permettant à sa famille d’accéder à la dignité épiscopale dans le Lyonnais . L’épilogue du conflit voit ainsi en 1193 l’élection comme archevêque de Lyon de Renaud de Forez fils cadet de Guy II après que le traité eut été ratifié en 1183 par Philippe Auguste. Cette période voit l’apparition à Chazelles sur Lyon des Chevaliers de Saint Jean comme gardiens de la paix sur la bande démilitarisée imposée par le nouveau traité et qui se situe entre le territoire du Forez et celui du Lyonnais. Cette frontière, on le verra plus tard, prendra de l’importance.

Progressivement les comtes du Forez oublient Lyon mais les habitants de cette ville ne se prêtent pas à cet arrangement et se soulèvent à de fréquentes reprises en arborant une bannière ornée d’un lion face à leurs archevêques et leurs goupillons, mais aussi en essayant avec de grandes familles bourgeoises de mettre en place une administration civile. Ils  font fréquemment appel au pouvoir central qui s’installe progressivement au nord et représenté par le roi. C’est ainsi que  Philippe le Bel, intervient en 1292 et place à Lyon un magistrat le représentant. Puis il impose soumission pour l’évêque à son pouvoir temporel. En 1320, sous la pression du roi Philippe V le Long, l’archevêque de Lyon, Pierre de Savoie, signe une charte d’affranchissement de la ville qui devient une commune. Les lyonnais affichent alors leur attachement à la royauté et rajoutent à leur bannière des fleurs de lys (les armes de Lyon sont créées).

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Le Lyonnais et sa capitale rentrent sous la domination des rois de France devenant partie intégrante de la France royale. Puis Louis XI, en 1477,  réunit le Lyonnais, le Beaujolais et le Forez. Enfin l’édit de Cognac en 1542 crée la « Généralité » de Lyon, entité regroupant les trois provinces autour d’un  gouverneur général. Lyon en est nommée la capitale et la région passe définitivement à la couronne sous le règne de Louis XIII.  Cette structure administrative est représentée au parlement et dans les structures centrales du royaume à Paris. Il en sera ainsi jusqu’à la Révolution Française de 1789.

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Nous avons lâché depuis près de 5 siècles le Forez au moment où les  évêques de Lyon s’approprient le titre de comte de Lyon en gommant progressivement les droits des comtes de Forez après le « Permutatio » signé par Guy II.

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Armoiries de Guy de Forez sur un vitrail de Saint Bonnet le Chateau, propriété du Comte après son achat.

C’est son fils Guy III, grand guerrier, qui lui succède mais meurt en croisade en 1202, sous les murs de Tyr. Guy IV, un fils, lui succède. Très social, il affranchit les habitants de Montbrison en 1223 (Il est enterré à la Collégiale de montbrison).

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D’autres petites villes vassales bénéficient du même sort : Saint-Rambert, Saint-Haon-le-Châtel, Saint-Bonnet, Cornillon, notamment, obtiennent  le droit de s’ériger en communes.

Au cours de la guerre de Cent Ans  les Anglais vont traverser et envahir cette province et les comtes de Forez se signalent alors par de nombreux faits d’armes même si Montbrison est pillé et incendié pendant cette page d’histoire. Suit une période d’insécurité civile qui voit le Forez ravagé par des bandits et des voleurs organisés en véritable armée défiant le pouvoir des comtes. Louis de Forez  périt d’ailleurs à la bataille de Brignais contre ces bandes armées. Son frère Jean de Forez qui lui succède ne se remet pas de cet échec et doit laisser le pouvoir à un oncle  qui vend le comté à Louis de France, second fils du roi Jean le Bon. Le Forez  rentre dans l’escarcelle des ducs de Bourbon mais ceux-ci, reconnus traitres, doivent le cèder en 1531 à François 1° (ce roi passe en 1532 à Montbrison et y séjourne). Le comté devient alors une partie du Royaume de France en 1542 avec le Lyonnais comme vu plus haut. En 1562, au cours des guerres de religion, la région est mise à mal. C’est François de Beaumont, protestant, baron des Adrets, qui arrive de Lyon et traverse le Forez pour rentrer dans Montbrison, Feurs et Montrond-les Bains. Il détruit tout sur son passage dans sa rage anti-catholique.

Suit une période de calme relatif où Montbrison, capitale du Forez, s’éteint petit à petit laissant pour seule lumière dans le comté, la famille d’Urfé tandis qu’à l’inverse Roanne (qui developpe son port sur la Loire) et Saint-Etienne (où l’on va trouver le charbon) grandissent petit à petit au sein de la Généralité du Lyon.  

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différents sceaux de la Généralité de Lyon

Cet ensemble territorial va former à la fin de XVI° siècle et au XVII° siècle l’une des plus petites généralités du royaume avec Lyon, sa capitale régionale, qui se trouve géographiquement à l’extrême frontière orientale, sur la rive droite du Rhône (la rive gauche de ce fleuve étant en Dauphiné). Cette ville ne représente alors que 5 % des habitants de la région et Montbrison, capitale du Forez sans chef, voit déjà d’un mauvais œil le rôle prééminent donné à Lyon sur ce territoire.

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C’est ainsi pourtant que l’on arrive à la Révolution Française de 1789. L’Assemblée nationale va décider bientôt de la suppression de toute marque de l’ordre ancien, va changer les noms des régions et créer des départements avec des noms de fleuve ou de montagne, évitant ainsi l’usage de ceux des anciens comtés. La Généralité de Lyon deviendra le département de Rhône-et-Loire parmi les 83 qui seront créés….

La suite dans un prochain article.

Références de lecture.

Le département de Rhône-et-Loire de Joseph Barou
Petite histoire du Forez Forez-Info
Histoire du Lyonnais, Forez et Beaujolais. Patrimoine de France
Histoire du département du Rhône. La France pittoresque
Histoire du département de la Loire. La France pittoresque