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L’histoire du groupe de chanteurs « Les Farlots » qui aujourd’hui fait le bonheur des habitants de Chazelles et dont la réputation a très largement dépassé les limites du canton (puisqu’ils sont invités dans toute la région et même bien au-delà) a commencé, il y a 7 ans, en 2007. Elle provenait de la volonté de bénévoles de conserver le patrimoine culturel local chanté en français et en patois . (Le patois de Chazelles est une variante locale de la langue franco-provençale qui faisait le parler d’autrefois. Il faut savoir que si tous les patois dérivent de cette langue avec un tronc commun, chaque région a ses petites différences de mots, ses intonations, ses accents : ainsi le patois de Montbrison et des montagnes du soir n’est pas identique à celui des Montagnes du matin, lesquels diffèrent aussi un peu de celui du centre des monts du Lyonnais comme Yzeron ou de celui de Chazelles. Cependant, avec un peu de bonne volonté, tous ceux qui le parlent encore s’y retrouvent. Si je me trompe, que les spécialistes me le disent.).

Chazelles a toujours été un lieu de fêtes pendant qu’on y travaillait aussi beaucoup et toutes les raisons étaient bonnes pour organiser tout au long de l’année des spectacles, des inaugurations, des rencontres, des bals et des compétitions. Il y avait des troupes de théâtre, des chorales et toutes les réunions de famille étaient animées de chants. Chacune des manifestations civiles était généralement l’occasion d’écrire une chanson  dédiée à l’évènement. Ainsi les écrivains foisonnaient et adaptaient les paroles aux airs musicaux du moment, souvent de type patriotique comme les différentes «Madelon», la Marseillaise, les Allobroges ou «Sambre et Meuse» et bien d’autres encore. Mais il pouvait aussi s’agir de musiques sur les « tubes » du moment écrits par Théodore Botrel, Vincent Scotto ou autres.

Les paroliers avaient pour nom: des chazellois comme Louis Pailleux, Adrien Monier, Marius Chartier, Jules Troccon, Eugène Villard, Victor Berne, Eugène Pluvy, mais aussi d’autres auteurs des villages alentour tels Pierre Gouttenoire ou André Guyot, l’abbé Poncet ou Brunot. Les titres étaient fort simples : le château d’eau, les champignons, la pissotière, la kermesse, les Farlots, la Toinette, la Chazelloise, la chanson de Chizalle….

Ces chansons, qui étaient « commandées » par les nombreuses sociétés ou associations qui cohabitaient à Chazelles, étaient ensuite chantées  pour l’occasion puis reprises ultérieurement dans les cercles familiaux. Chacun se chargeait ainsi de les transmettre. Il y avait parfois un document imprimé incluant les paroles avec l’indication de « sur l’air de… ». Beaucoup ont été perdues ou ont été oubliées dans les greniers, les dossiers familiaux ou ceux des associations.

Il a fallu, à des bénévoles comme André Séon, Georges Garnier, René Larue ou Marie José Gillet, près d’une année de recherche pour exhumer quelques-uns de ces différents documents depuis de multiples archives et afin de réaliser une  exposition en 2009 à l’Office de Tourisme sur le thème des « Fêtes à Chazelles autrefois » incluant le 19° et 20° siècle. C’est ainsi qu’ils ont retrouvé des petits trésors musicaux  créés notamment à l’occasion de la Fête de la Muse du peuple en 1901 ou la création du canton de Chazelles-sur-Lyon avec l’ inauguration du barrage en 1925 ou le cinquantenaire du comice agricole en 1936, pour chanter le tramway, le chapeau, la kermesse, la vogue, etc…

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Pour animer cette rétrospective de documents anciens, ils ont eu l’idée d’interpréter ces chants retrouvés et de faire un enregistrement pour les diffuser le jour de l’inauguration de l’exposition dans les locaux de l’Office de Tourisme. « Les Farlots » étaient ainsi créés avec l’arrivée de Robert Durand, pianiste et musicien talentueux, et de 6 chanteurs pour finaliser ce projet. Ce premier enregistrement sera dû au travail de Patrick Gonon. Tous ces acteurs passionnés de musique sont des bénévoles.

En 2009, fort d’un premier succès parfaitement mérité et poussé par une demande inattendue, le groupe des Farlots s’étoffe tant en chanteurs qu’en nombre de chansons au répertoire pour faire revivre le quotidien d’hier. Il se trouve que beaucoup de ces chansons d’hier sont en rapport avec le chapeau et les chapeliers, C’est donc tout naturellement que l’Atelier-Musée du Chapeau de Chazelles fait alors appel au groupe « Les Farlots »  pour animer en mai 2009 la Nuit des Musées. Le succès de cette soirée est total, lançant vraiment, s’il le fallait encore, ce groupe de chanteurs. La ferveur est telle pour cette manifestation, que la nombreuse population présente reprend à n’en plus finir les airs connus comme celui d’Adrien Monier avec sa Chanson de Chazelles écrite pour le spectacle de « Ou va fran bien Benoîte » et présenté en 1927.

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À partir de là vont se succéder de très nombreux après-midi et soirées d’animation avec les chansons patoisantes du répertoire agrémentées de chansons françaises célèbres d’avant et après-guerre provenant des registres notamment de chanteurs comme Tino Rossi ou les Compagnons de la Chanson et paroliers-compositeurs comme Charles Dumont ou Henri Betti.

En 2010, le succès est toujours au rendez-vous et le groupe est demandé un peu partout : commémoration de l’Armistice, Secours Catholique, maisons d’Anciens, fête du Lait…C’est l’année où sera gravé le premier CD musical comportant 16 titres dont 5 en franco-provençal : tous les acteurs se sont mis à apprendre cette vieille langue qu’ils font revivre.

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Comme pour tout groupe qui prend de l’ampleur et une certaine notoriété, les besoins financiers se font sentir car il faut désormais assurer une logistique importante : transport du matériel musical et de sonorisation, une tenue adaptée avec costumes et chapeaux similaires, règlements de droits auprès de la SACEM notamment. Même si la municipalité de Chazelles apporte déjà son concours en proposant au groupe de façon gracieuse un local pour les répétitions, l’apport d’une bourse culturelle attribuée par la CCFL va être déterminant. Cette bourse  est remise aux Farlots le 19 novembre 2010 lors d’un mini-concert offert à cet organisme dans le cadre de l’Atelier-Musée du Chapeau. Le groupe voit là, selon lui, son véritable démarrage alors que des nombreux « fans » le suivent depuis longtemps.

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En  2011 « Les Farlots » poursuivent leurs interventions sur Chazelles et la  Communauté de Communes et le périmètre d’écoute s’agrandit. C’est La Gimond en janvier, une émission radio sur RCF Saint Etienne en février, une représentation à BONSON en avril  en plus de 5 sorties marquantes sur Chazelles dont la journée du Téléthon, celles du Jumelage allemand et italien, et l’inauguration d’une exposition de l’Atelier-Musée.

En 2012 le répertoire s’étoffe et inclut encore de nouvelles chansons de Jules Troccon, Eugène Villard ou Marius Chartier tout en continuant à faire découvrir le talent d’Adrien Monier.  Le spectacle est aussi complété par des « tubes » musicaux d’hier. En février « Les Farlots » remplissent le théâtre Marcel Pagnol en reprenant les grands succès de la chanson Chazelloise émanant de ces nombreux auteurs. S’invite à cette fête  du parler farlot, Jeannette Delorme, authentique grand-mère stéphanoise, qui racontera en parler gaga « Les Sainté Critures ». Ce mélange des « langues » déclenche un enthousiasme formidable.

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En 2013, « Les Farlots » présentent un nouveau spectacle dans la même salle en association avec le groupe Tarkeada (musique et instruments sud-américains). André Séon compose à cette occasion une chanson sur un de leurs airs  et interprétée en commun lors du final. Avec « Chazellois », le titre, le groupe reçoit un nouveau « coup de chapeau ».

En 2014, les Farlots poursuivent inlassablement leur tournée dans les villes alentour, engrangeant les succès et obtenant la ferveur des spectateurs. Ils sortent leur 2° CD : il est, comme le premier, d’excellente facture. Le 7 novembre, ils remplissent la salle de Bras de Fer en devant refuser du monde. Ils présentent un spectacle avec l’appui d’un autre groupe « Montmartre à Chazelles » créé par Robert Durand pour faire revivre d’anciennes chansons françaises. André Séon fait chanter le groupe autour d’un diaporama qui montre le Chazelles d’hier avec notamment ses ateliers de chapellerie à travers de vieilles cartes postales. Images, chants et musique y sont parfaitement synchronisés : un très beau travail artistique.

Depuis fin 2014  avec l’aide de la municipalité, ils peuvent disposer d’une belle salle aménagée par eux-mêmes dans les locaux de l’ancien musée du chapeau. Des cloisons ont été montées dans l’ancien bâtiment d’accueil afin de délimiter les espaces. L’ancien bureau de direction offre maintenant aux chanteurs chazellois un bel espace de près de 40 m², éclairé par les larges baies. Sol et plafond ont été rénovés, des peintures lumineuses habillent les murs et le groupe peut travailler sereinement, avec tout son matériel même si, sur le plan acoustique, tout n’est pas parfait.

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Aujourd’hui  le groupe est dirigé par André Séon, un chef de chœur rigoureux proche et complice des choristes. Le répertoire ne cesse de s’étendre, de se compléter de chansons écrites par le plus haut nommé mais aussi au gré de celles qui continuent à être « découvertes ». Ils sont maintenant 16 pour chanter l’histoire de Chazelles-sur-Lyon et des Monts du Lyonnais, leurs  traditions et leurs richesses, en français et en patois, Il s’agit des chanteurs:  Francis Badoit, Maurice Barcet, Maurice Beloud, Serge Berger, Jean Paul Blein, Michel Ducroix, Geroges Garnier, Albert Guyot, Georges Imbert, René Larue, Hervé Lassablière, Henri Moulin, André Séon, Paul Vaneyre et Georges Vincent avec pour pianiste-accompagnateur et arrangeur Robert Durand

Leur prochain grand projet concerne l’enregistrement d’un troisième CD qui devrait voir le jour en 2016.

S’il vous est proposé d’aller entendre les Farlots, courrez. Vous ne serez pas déçu.

Deux petits exemples de chansons locales à écouter 

Tu n’a pas vu notre Chazelles

Adjeu don la vogua.